chronique du 01/12/2009 Alone ENOLA Label/distributeur : Initial Cuts/Discograph
Ancien membre du groupe Noir de goût, Matthieu Monnin vient de sortir, sous le nom d’Enola, un superbe premier album. Placé sous le signe prédominant de la techno de Detroit, Alone couvre un vaste éventail de musiques électroniques et révèle un excellent compositeur, au souffle long et aux idées larges.
Edité par le label parisien Initial Cuts, Alone est le premier album solo d’Enola, Matthieu Monnin dans le civil. A l’écoute de ce disque, une évidence s’impose : le jeune homme, qui fit ses premières armes au sein de Noir de goût, duo pourvoyeur d’une techno musclée, est plus doué pour la composition que pour les anagrammes – ce dont, tout bien considéré, l’auditeur ne se plaindra pas… Avec ce projet solo, Matthieu Monnin offre un prolongement naturel à l’aventure Noir de goût, tout en conférant de nouvelles nuances à sa musique. Moins directement orientée vers le dancefloor, celle-ci traverse des paysages sonores contrastés, dans lesquels circulent des airs variés, du trip-hop à la techno, en passant par l’ambient ou la deep-house. Nimbés d’un envoûtant halo mélancolique, ces paysages s’enracinent profondément dans un terreau historique, celui de Detroit et de son légendaire carré d’as (Kevin Saunderson, Derrick May, Juan Atkins et Jeff Mills). A ce titre, ce n’est évidemment pas un hasard si le mixage d’Alone a été effectué par Stéphane Dri, alias Scan X, autre dépositaire patenté du legs de Detroit. Si elle n’était qu’une resucée, aussi inspirée soit-elle, de la techno originelle, la musique d’Enola n’aurait toutefois qu’un intérêt limité : or, dépassant de loin la somme de ses influences – parmi lesquelles se décèle également, en particulier sur l’épique The A Trip, celle de James Holden et de son label Border Community –, elle témoigne d’une forte singularité et s’avère d’une parfaite actualité. A l’instar du tout aussi recommandable premier album de Rone, paru en début d’année chez Infiné, Alone apporte une belle pierre française à l’universel chantier de la musique électronique. De ce disque totalement dépourvu de rebuts, Lost In Shibuya, véritable hymne en puissance, long de plus de huit minutes, constitue l’inépuisable morceau de choix.
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