chronique du 06/01/2010 Gang Plank B R OAD WAY & QUATUOR PLI Label/distributeur : 6am Productions/Discograph
Groupe multimédia originaire de Saint-Etienne, B R OAD WAY démontre avec Gang Plank, son troisième album, qu’il est l’une des meilleures réponses françaises à Why? Composé avec le Quatuor Pli, ce disque marie avec brio évidence mélodique et densité climatique, pop et hip-hop.
Si le B R OAD WAY publiait ses disques sur Anticon, il y aurait longtemps que sa gloire aurait dépassé les frontières de l’Hexagone. Son premier album, 6:am, autoproduit en 2004, révélait lentement mais sûrement une singulière richesse climatique, digne par moments du meilleur de Tricky ; une dimension cinématographique renforcée par les images du DVD accompagnant le CD – puisque la dimension visuelle fait partie depuis le début de la démarche du quintette de Saint-Etienne. Cette démarche, le compagnonnage mené avec un autre Stéphanois surdoué, Mickaël Mottet, alias Angil, sous le nom de The Joint Venture (avec à la clé un bel album publié chez We Are Unique) a permis entre-temps de la faire fructifier, apprivoisant ce hip-hop plutôt sombre et abstrait en l’acoquinant avec des mélodies et des tournures plus pop. Si Enter The Automaton, second CD/DVD de B R OAD WAY paru chez Jarring Effects, en témoignait déjà, Gang Plank enfonce aujourd’hui le clou. Ce disque montre un groupe qui aime toujours autant les contraintes : l’album de Joint Venture avait été réalisé en s’imposant le défi de composer et enregistrer un morceau par jour, celui-ci est le fruit d’une résidence avec le Quatuor Pli (aventureux quatuor à cordes déjà repéré aux côtés de Pierre-Yves Macé), en vue d’un spectacle présenté en novembre 2008 au Fil, Scènes de musiques actuelles de Saint-Etienne, dans le cadre de la Biennale du Design. Sept morceaux composent ce troisième album publié cette fois sans partie vidéo (réservée à la Toile et à la scène). Sept morceaux que les textures des cordes, prenant l’ascendant sur celles de l’électronique, parent parfois d’atours velvetiens (Absurdity), instillant une dimension pastorale (des vers de Thoreau et Emerson sont incorporés aux paroles sur plusieurs morceaux) à cette musique d’origine urbaine. Sept chansons sur lesquelles Fabb, chanteur et parolier bien-prénommé, prend une place prépondérante. Et ce n’est que justice, tant cette voix à l’anglais impeccable (incarnée par une présence scénique impressionnante – on se rappelle notamment un mémorable duo de The Joint Venture avec l’Américain Jel sur la scène de la Flèche d’Or, à Paris, en 2006) a le potentiel pour donner à ces pop songs la force qui leur sied. Si elles peuvent à la longue sembler un peu trop taillées suivant le même patron (souvent composées à partir de boucles sur lesquelles se déploie une ligne de basse), ces chansons forment au final une dense collection de tubes – de l’irrésistible et altier morceau-titre à Double-Deckers ou Milder Weather –, et montrent un groupe au faîte de ses moyens – et prêt à passer à une dimension encore supérieure. Au moment où Why? publie un album décevant, on prendra ainsi un sombre plaisir à passer l’hiver avec Gang Plank.
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