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chronique du 16/02/2010
Hold This Ghost
MUSEE MECANIQUE
Label/distributeur : Souterrain Transmissions/Pias

Le duo américain Musee Mecanique (à découvrir prochainement sur scène en première partie de Get Well Soon) a préféré délaisser le soleil californien pour la grisaille de Portland, éminente scène folk ; son premier album ne ressemble pas à un coup d’essai, mais plutôt à une œuvre accomplie se défiant des modes.

Le Musee Mecanique – sans accents, à l’américaine – désigne d’abord une des plus célèbres curiosités de San Francisco : l’impressionnante collection initiée par le particulier Dan Zelinski, composée de jouets et d’instruments mécaniques, de jeux vidéos d’arcade pour le moins vintage, de boîtes à musiques du dix-neuvième siècle, d’antiques machines à sous, etc. Ce musée, idéalement niché non loin du légendaire Dock Of The Bay, précise qu’« il s'agit d'un voyage dans le passé » et d’« une occasion de montrer à vos enfants ou petits-enfants comment vous vous amusiez à leur âge… » Contrairement à ce que l’on pourrait croire, l’expérience est vivifiante. Les sourires plaqués, le bruit de la monnaie sonnante et trébuchante (il faut glisser quelques pièces dans les automates pour les faire fonctionner) et une ambiance que l’on pensait disparue depuis des décennies font du Musee Mecanique un espace-temps auquel on s’attache vite, malgré son apparente futilité.
Micah Rabwin et Sean Ogilvie, les deux têtes pensantes du groupe du même nom, habitent Portland. Ayant vécu à San Francisco, ils partagent une passion indéfectible pour cet étrange musée. Passion qui se ressent dans cet album faussement discret, leurs compositions pouvant être comparées à celle d’une petite boîte à musique recelant une mélodie a priori banale mais en réalité captivante. Leur folk music, proche de l’americana, est aussi délicate qu’intemporelle, obéissant à l’habituelle principale caractéristique du genre : pouvoir avoir été chantée depuis des siècles, ou du moins à la fin des années 1960. Nul progressisme ici – cela aurait été malvenu – , mais plutôt un respect des traditions. Hold This Ghost, car il s’agit bien de capturer l’essence du passé, les fantômes mélodiques des forêts américaines.
Ce n’est donc pas un hasard si Tucker Martine, éminent producteur de Bill Frisell, Laura Veirs ou de Sufjan Stevens, s’est penché sur le sort de ces deux amis d’enfance tiraillés entre la nostalgie de sonorités rétros et le (post) moderne d’une production pop. Grâce au travail de Martine, effectué dans son studio Flora à Portland, le son de l’album bénéficie d’une agréable et réconfortante densité.
Atmosphère, atmosphère : une dizaine de chansons s’écoulent donc – comme de l’eau de source – le long des quarante-cinq minutes de Hold This Ghost. Le disque est cependant loin de baigner dans une ennuyeuse uniformité, quelques perles jaillissant de l’ensemble comme un très doux et lancinant Like Home ou un Fits and Starts à la mélodie bien trouvée. Musee Mecanique a de plus eu la bonne idée de grossier ses rangs avec des musiciens à l’évidente sensibilité : Brian Perez (guitare et claviers), Matt Berger (batterie) et Jeff Boyd (bassiste). Quant au chant, il est assuré par le leader Micah Rabwin. Sa voix mélancolique n’a pas besoin de hausser une seule fois le ton pour traduire l’émotion d’un texte évoquant les turpitudes existentielles (The Propellors) ou une sincère et fidèle amitié (Two Friends Like Us).
Comme son titre l’indique, l’album est sans nul doute hanté : de personnes trépassées ou bien vivantes, mais aussi d’objets insolites et ludiques, favorisant les syndromes possibles de Peter Pan. Quant au fantôme de Hold This Ghost, cela pourrait bien être celui de Syd Barrett, qui aurait sans aucun doute aimé chanter le touchant et simplissime The Things That I Know. Ou encore celui d’un diaphane Nick Drake fredonnant Under Glass tout en voguant sur une rivière rose et crépusculaire…


> Musee Mecanique sera en concert en première partie de Get Well Soon, le 11 mars à Bruxelles (Ancienne Belgique), le 12 à Charleroi (L'Eden), le 13 à Lille (Aéronef), le 14 à Gand (Café Vidéo), le 16 à Paris (La Cigale), le 17 à Bordeaux (Espace Tatry) et le 18 à Nantes (Olympic).

Sophie Rosemont
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