chronique du 01/03/2010 Don’t Explain (3 faces) Didier PETIT Label/distributeur : Buda Musique
En marge de la célébration des 20 ans de son excellent label In Situ, le violoncelliste Didier Petit publiait récemment Don’t Explain : un CD trois faces, empruntant son titre à Billie Holiday, qui est l’œuvre d’un équilibriste virtuose, mi-poète, mi-coloriste. A suivre prochainement sur scène dans le cadre de Banlieues Bleues.
En exergue du livret du disque du troisième enregistrement en solitaire du violoncelliste Didier Petit, ces vers de Ghérasim Luca : Comme le funambule / suspendu à son ombrelle / je m’accroche / à mon propre déséquilibre. Il s’agit bien là d’un exercice périlleux, subtil jeu d’équililibriste, sur la corde, les cordes raides. Le vertige comme règle du jeu ? L’élan, l’énergie (« Didier Petit, sa formidable énergie vitale, l’élan, la force rieuse qui va, tout me plaît », écrit Francis Marmande dans les liner notes de l’album), un sens éblouissant de la forme et de la propulsion avec tous les défis (free), et le sens du risque, donc du jeu, Didier Petit, en solo, se met en danger. Il délivre une présence urgente à la musique. Il est musicien jusqu’au bout de l’archet. Et il ne fait rien pour plaire, il ne fait que de la musique. Sa musique, elle se nourrit de ce corps à corps, cordes accords, avec la matière sonore en mouvement ; le jazz, appelons cette musique ainsi – faute de mieux –, est bien cet état créatif qui transcende ses propres formes. Sa prestation en solo condense toutes ses qualités : lyrisme flamboyant, engagement total du corps musicien et irruption des mots, du chant, quand le désir d’expression excède la musique (écoutez sa superbe version de la chanson immortalisée par Billie Holiday, Don’t Explain, qui clôt ce disque en trois faces et lui donne son titre). Le violoncelliste a concocté une bombe qui fait sauter barrières et conventions ; alliages de timbres somptueux, hachures de l’espace à l’archet, bruitismes insolites, crépitations rythmiques, surgissements magiques d’une mélodie. Musique en liberté. Musique en liberté qui, illuminée, vibre de la nécessité impérieuse de se mettre en jeu. Une musique parfois zébrée d’une belle énergie rock à la force mélodique d’une grande amplitude, animée par les joies de l’improvisation, de la composition instantanée comme des vertiges des formes et des couleurs déployées.
En écoute : La Tour de Babel Don’t Explain > Après une tournée américaine du 27 février au 8 mars (Chicago, St Paul, Portland, Seattle, Vancouver), Didier Petit sera en concert le 26 mars à l'auditorium du Conservatoire de Stains (dans le cadre de Banlieues Bleues), avec le quartette chicagoan Mike Reed’s People.
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