chronique du 14/04/2010 Lux Alex SMOKE Label/distributeur : Hum + Haw/La Baleine
Enchaînant les productions hautement qualitatives (maxis, albums et mix-albums) depuis quelques années, Alex Smoke n'avait pourtant jusqu'ici pas égalé le perturbant Incommunicado (2005). C'est désormais chose faite avec Lux, point final en même temps que majuscule, faisant le lien entre IDM originelle, futur dégénérescent et dévolution techno.
Les hypothèses échafaudées depuis Incommunicado se sont vérifiées sur pièces : Alex Smoke vient de réaliser l’aggiornamento d’une certaine IDM (« Intelligent Dance Music ») mutante, la synthèse terminale de l’esthétique digitale et de la techno detroitienne classique. Jusque dans son titre-programme tacite : Lux, ou comment, depuis une plongée dans les abysses des mécanismes électroniques souterrains, un producteur revient à la lumière pour trouver dans le digital une altérité catalytique. Depuis ses débuts, Alex Smoke travaille ses matières de synthèse comme un prolongement de sa propre obsession : le dialogue homme/machine. Ici, le dialogue semble achevé, tant la solidité formelle de ces morceaux découlant de la friction entre chair (boucles house voluptueuses, vocaux digitaux éplorés) et métal (ambiances lourdes, fréquences et textures sonores inquiétantes, dubs bruitistes psychopathes et martèlements distordus : bande son de la société industrielle et urbaine) laisse apparaître un acte de création mutante. Grâce à ces vertiges mimétiques, à ces interactions dans un monde volontairement déréalisé, Smoke est parvenu à échapper aux schémas soniques actuels, aux gimmicks trop contemporains. Il s’est ordonné un espace vierge, au seuil du dubstep, du minimalisme concret, d’une IDM dégénérée, d’une deep house branque, où il peut revisiter à loisir des standards techno, s’intercalant idéalement entre la dernière production anonyme (identifiée 033) du mystérieux label Pom Pom et le magistral Oversteps de Autechre. Invoquer un lot de références hétéroclites pour les recracher dans un univers à géodésie variable aurait pu laisser craindre la plus grande dispersion sur 14 plages. Au contraire, Lux affiche d’emblée l’ambition d’un monolithe grave, presque gothique, empreinte d’une cohésion rare. Une suite de morceaux tendus à se rompre, presque impossible à parfaire, où Smoke, serein, élabore ses miniatures de froide techno industrielle, ses comptines déconstruites, évoque exceptionnellement la nouvelle vague hypnagogique, des accents de rave amoindrie, ou encore, aborde les territoires plus pop d’une dance music élégiaque mais sale, biscornue, malade, sorte de lien invisible entre les ténèbres et l’éden. Régulièrement sombre, voire sinistre, hanté par des tonalités sourdes, Lux regorge néanmoins de cascades d’arpèges, de sonorités orchestrales, de rythmes house luminescents où percussions striées, basses nerveuses, tremblantes, et le soin méticuleux apporté à la production anéantissent, par exemple, le dernier effort de Pantha Du Prince. Au final, en ménageant un tel sentiment de transition, une telle hybridation tous azimuts infiltrés dans les strates de l’electronica, Alex Smoke assène une déflagration programmée, bientôt une déconnexion ontologique.
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