chronique du 27/04/2010 The Secret Song DJ SPOOKY Label/distributeur : Thirsty Ear / Orkhêstra
En attendant d'écouter la performance sonore, Terra Nova-Sinfonia Antartica, de DJ Spooky à la Cité de la musique, voici une bonne introduction avec The Secret Song qui aborde un parti pris pas forcément convaincant dans sa relecture musicale globalisante de la crise économique, mais qui glisse une excellente surprise en bonus.
On le sait, Paul D. Miller aka DJ Spooky est un garçon ambitieux. Et le Subliminal Kid a désormais bien grandi depuis ses premières armes discographiques fourbies au service d’un hip/hop à tendance illbient tortueux et prenant (Songs of a Dead Dreamer). Bien grandi au point de viser à une universalité musicale, qui peut encore se comprendre, mais également à des prétentions sociopolitiques allusives et éthérées, qui là passent plus difficilement. Album censé être un tableau de la crise économique que nous connaissons, The Secret Song ne fera pas décoller notre indice de satisfaction sur ce point. Entre un sample de George Bush et un titre exprimant – en chinois ! – les conséquences de la récession, le tableau semble aussi morose que la situation prétendument décrite. Musicalement, The Secret Song brasse par contre beaucoup plus large. Une boulimie stylistique qui tend à dépeindre la complexité et les articulations de notre monde sans doute, mais qui laisse le plus souvent perplexe avec ses arrangements un peu grandiloquents, notamment ce nappage de violons noyant les reprises de Led Zeppelin et Radiohead, ces flûtes ondulant sur Heliocentric, ces tournures dub un peu convenues sur Point – counterpoint ou le chant arabisant diaphane d’Azadi. Dans ce maelström sonore, seuls les titres plus sensiblement hip/hop hypnotiques comme Known unkowns, ou plus sibyllins comme Lago’s lament et ses notes de piano égrenées par l’excellent Vijay Iyer tirent véritablement leur épingle du jeu. Cela fait peu je vous l’accorde et on aurait presque tendance à déposer le dit CD comme un bilan peu rutilant. Ce serait là une cruelle erreur car, bien caché dans le digipack, se trouve un CD bonus qui a de quoi faire repartir votre confiance à la hausse. En fait de CD, il s’agit d’un DVD contenant une composition originale de DJ Spooky sur le film de Dziga Vertov, Kino-Glaz (1924). Une version qui n’est d’ailleurs pas sans rappeler la relecture sensible et lumineuse de L’Homme à la caméra du même Dziga Vertov par l'ensemble jazz/électronique Cinematic Orchestra en 2003. Comme le groupe anglais, Paul D. Miller parvient à interpréter à sa façon le montage déjà très musical du film de Vertov (un film pourtant intégralement muet) et s’inscrit avec un tact certain dans la proposition du cinéaste, celle d’un cinéma-vérité, à mi-chemin entre le documentaire d’un quotidien rude, celui du peuple soviétique, et l’esthétique d’un cinéma expérimental s’exprimant en marge du courant constructiviste russe. Aux séquences singulières pour l'époque du cinéaste, comme ces déambulations de foule ou ces découpes d’animaux en abattoir montées à l’envers, DJ Spooky superpose une musique instrumentale cristalline, tintinnabulante et respirante, rappelant les contrastes prégnants des bandes sons du compositeur Edward Artemiev pour certains films d'Andreï Tarkovsky. Un supplément d’âme un peu irréel pour un film valorisant à sa manière, expressive et esthétisée, la réalité laborieuse du peuple. Mais une connexion, pour le coup, audacieuse et symboliquement réussie avec la thématique choisie de la crise d'un système économique prédominant. A défaut d'une secret song, ce serait donc plutôt ce secret movie qui donne à cette publication la profondeur de sens réellement désirée.
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