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chronique du 26/05/2010
Silverwater
THE NECKS
Label/distributeur : ReR/Orkhêstra

Au confins du jazz, du kraut- et du post-rock, de la musique répétitive et de l’ambient, les Necks défrichent, au fil de longs morceaux instrumentaux, une voie singulière. Encore trop méconnu en France, le trio australien, qui se produit, le 13 juin, au festival des Musiques innovatrice à Saint-Etienne, publie ces jours-ci un nouveau chef-d’œuvre avec l’album Silverwater.

Trio australien actif depuis la fin des années 1980, et toujours peu connu en France, The Necks détourne et altère la formule instrumentale du trio jazz piano (Chris Abrahams)/contrebasse (Lloyd Swanton)/batterie (Tony Buck) vers des terrains empruntant au krautrock, à la musique répétitive ou à l’ambient. La majorité des albums du groupe consiste en une pièce unique déclinant, enrichissant graduellement et développant un canevas répétitif généralement très simple. Silverwater, leur dernière production en date (très longue pièce de 70 minutes) ne fait pas exception à ce postulat formel. Sa réussite est si éclatante qu’elle pourrait rétrospectivement faire pâlir quelques uns des disques plus récents, déjà très bons, du groupe (Chemist, Mosquito, Drive by) et atteindre le niveau de l’excellent Piano, Bass, Drum de 1998. L’alchimie tient ici à un très parcimonieux choix des timbres, selon la logique d’une instrumentation ouverte, mi-acoustique mi-électronique : un tapis quasi constant de percussions boisées donne à la pièce sa couleur si particulière, auquel s’allient des vagues lancinantes de l’orgue Hammond, une discrète électronique glitchy, un martèlement obstiné du piano à l’extrême aigu. A partir de cette trame, c’est un véritable travail géologique (magnifié par la production) qui se met en place : superposition de couches subtilement imbriquées qui émergent, disparaissent, refont surface, se transforment au contact des autres, lentement, ou parfois, plus rarement, sous l’effet d’une coupe. Çà et là, un rythme accroche, une guitare émerge au premier plan, et c’est un post-rock prodigieux de nonchalance qui prend éphémèrement vie. Ailleurs, l’ensemble se délite, s’amincit, et c’est un élément jusqu’alors latent qui émerge au premier plan. Il faut s’immerger d’une traite dans cette « eau argentée » pour en apprécier la luxuriante et fascinante beauté.

En regard de cette réussite, la collection de huit petites pièces composant Not Big Negative, le dernier disque solo de Chris Abrahams paru chez Room40 (/Metamkine), laisse quelque peu l’auditeur sur sa faim. Si l’association entre le toucher jazz du pianiste et le choix de sons à dominante électronique (une électronique parfois étonnamment incisive) parvient à créer de belles réussites ponctuelles, insolites, sans dégénérer en quelque jazz électronique, le travail des associations de timbres et d’organisation des plans, si efficace dans The Necks, est ici trop grossier, aplatissant l’ensemble en un unique premier plan. Faute d’un ciment formel, d’autres pièces basculent dans le rhapsodique, déroulent une improvisation qu’on aurait préféré, dans ce contexte, être canalisée pour véritablement convaincre.


> The Necks en concert (avec Brown Vs. Brown et Sébastien Roux/Vincent Epplay) le 13 juin à Saint-Etienne, Musée de la Mine, dans le cadre du festival des Musiques innovatrices.

Pierre-Yves Macé
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