Mouvement.net
accueil kiosque critiques vrac abonnes ressources liens

chronique du 22/06/2010
Your Future Our Clutter
THE FALL
Label/distributeur : Domino/Pias

Décidemment plus punk arty que dandy délabré, Mark E. Smith, seul rescapé de la formation originelle, entraîne la machine The Fall avec la même ferveur depuis plus de vingt ans. Your Future Our Clutter, sa nouvelle livraison, en témoigne : cette langue et cette musique acérées, aspirant les mots comme on arrache un enfant stupéfié au danger, sont toujours prêtes à en découdre avec l’avenir.

Fin lettré et ivrogne notoire, Mark E.Smith, en choisissant de nommer son groupe The Fall à la fin des années 1970, faisait directement référence au roman d’Albert Camus. Mais à l’évidence, il s’est attaché à ne pas adopter (totalement) la posture dégradante de l’homme moderne dépeinte par l’écrivain. En cela, il confirme une fois de plus sa spécificité et sa différence et quand on sait la langue de Mark E.Smith, on aborde excité l’écoute de Your Future Our Clutter, nouveau jalon d’une discographie pléthorique. D’emblée, on se dit que les suivistes du moment vont pouvoir remiser leurs prétentions rock’n’roll tant ces neuf titres taillent dans l’enveloppe électrique et visitent des contrées vouées aux labeurs post-punk et krautrock. On s’immerge donc sans sourciller dans cet album (le vingt-huitième !) qui n’a de cesse de creuser une veine rock sans fioritures tout en y adjoignant cratères noisy, cuts glitchy et autres perturbations radiophoniques, l’alliage n’étant pas pour déplaire au fan hardcore du groupe de Manchester.

S’inscrivant dans le sillage direct de l’impérieux Imperial Wax Solvent (2008), ce nouvel opus, en regard de son prédécesseur, gagne en concision ce qu’il perd forcément un peu en désinvolture. Mais qu’importe, par rapport au précédent il a mis à profit cette fameuse réplique qu’il scandait et ressassait sur le précédent effort : « I’m a fifty year old men and i like it » et envoûte un peu plus de ses psalmodies. A peine pourra-t-on déplorer certain manque de profondeur sur une paire de morceaux (Mexico Solvent et le western-spaghetti Cowboy George) : logiquement, c’est lorsqu’il revient au pur esprit punk que notre homme frappe le plus fort et sonne le plus juste (c’est à dire très faux vocalement). Renouant donc avec la veine la plus immédiate et accessible de The Fall, le reste de l’album est à l’avenant, rappelant les années ou Smith était associé à son ex-femme Brix. C’est d’ailleurs sur le rôle des femmes auprès de Mark E.Smith qu’il convient de s’interroger, tant l’intéressé sait alterner main de fer et gant de velours – et se révèle touchant de vulnérabilité lorsqu’il s’adresse implicitement à sa femme, Elena Poulou (unique membre permanent de The Fall depuis 2002) d’un : « You gave me the best years of my life » qui en dit long sur la personnalité complexe et lunatique de l’atrabilaire mancunien.

A dire vrai, avec son romantisme de hooligan, on aurait bien tenté un rapprochement entre Mark E.Smith et un rapace prêt à fondre sur sa proie, mais force est d’admettre que celui-ci semblerait bien capable de ressusciter une blanche colombe sous l’émerveillement naïf de convives qui n’y comprennent goutte. Une part de cette magie opportune provient sans doute de la relative stabilité esthétique qui suinte de Your Future Our Clutter, notre irréductible misanthrope s’étant appuyé ici sur la même équipe que pour le précédent disque (une situation inédite depuis des lustres). Relative seulement, car The Fall a cette capacité à incarner dans le même élan la splendeur et la laideur, le blasphème et la transcendance. Toujours maître du chaos, de la dispersion, avec Smith, tout semble ramené vers un point névralgique, là où le tumulte s’estompe parfois, on assiste au retour d’un rock aux guitares flamboyantes lorgnant vers des sonorités rockabilly. The Fall, c’est l’urgence, mais de celles qui ne versent jamais dans la brutalité gratuite. C’est aussi l’un des plus beaux manifestes musicaux de ces dernières décennies, et d’une certaine façon, cela culmine jusque dans les excavations de cet album (comprenez : réceptacle sonique). Alors, il est vivement conseillé de se gorger de ces borborygmes smithiens jusqu’à la lie, de ce post-punk motorique (l’immense Your Future Our Clutter/Slippy Floor, véritable décharge électrique aux rythmiques pétaradantes), de ces plages hypnotiques et décadentes (Bury Pts 1 & 3, par exemple), qui, telles des syncopes, s’apparentent à de véritables cures de jouvence effectives pour l’hôte mais également pour nous, ses auditeurs. Weather Report 2, ballade conclusive viciée, nous est livrée presque hachée et c’est une merveille d’y entendre un Mark E.Smith crooner en grande discussion avec la basse de Peter Hook, adoptant progressivement le débit flegmatique d’un William S. Burroughs pour finalement piétiner l’ensemble d’un revers de krautrock parasité. Puis vient une coda susurrée et anthologique sur laquelle il (dés)articule un : « You don’t deserve rock’n’roll » à la fois cynique, conscient, accusateur et rempli d’auto-dérision. Voilà quelle fièvre devrait animer tout jeune groupe soucieux d’emprunter des chemins de traverses aux inflexions quasi toxiques !

Frédéric FOREAU
à visiter
Le site du label Domino
agrandir la taille de la police réduire la taille de la police imprimer ce document
lire aussi
BRÈVE / NOTICE
Plus d'une corde à son parc
source : Les éditions du mouvement // date de publication : 19/05/2011 // 10045 signes
Du 27 mai au 1er juin, Villette Sonique, le rendez-vous privilégié des musiques fureteuses, embarque pour une nouvelle édition très ambitieuse. L’occasion idéale de faire de multiples (re)découvertes, d’agitateurs très attendus tels que Current 93, Animal Collective, Glenn Branca, The Fall ou Kode9 & The Spaceape, à de palpitants nouveaux venus comme Emeralds et Forest Swords.
lire la suite
le club
login  
mot de passe
s\'inscrire
s\'inscrire
newsletter
en kiosque
en kiosque
Gagnez des invitations pour le festival Hors Saison d'Arcadi, le dernier spectacle de Nasser Djemaï, Invisibles, au Tarmac à Paris, la pièce SUN de Cyril Teste au Carré - Les Colonnes à Saint-Médard-en-Jalles près de Bordeaux, le magnifique Salves de Maguy Marin au Manège de Reims, ainsi que la compagnie Retouramont au Théâtre de Châtillon. Et toujours, à Bordeaux, découvrez la pièce d'Arthur Schnitzler, Chemin solitaire, mis en scène par les flamands tg STAN au TnBA. A l’Agora d’Evry, venez découvrir Fauves de Michel Schweizer et Les Fuyantes de Camille Boitel et Boris Gibé dont on vous parle dans le numéro en cours ; à Lyon, rendez-vous au Théâtre Nouvelle Génération/CDN ; partez à Genève pour le festival Black Movie, vivez du théâtre documentaire au Lieu Unique, à Nantes ; transportez-vous vers le futur à la Gaîté Lyrique, à Paris. Mais aussi des moments improbables au VRAK Festival en Belgique et du malambô à Bonlieu à Annecy ! Et toujours, découvrez l'ensemble de la programmation du premier trimestre du Centre culturel André Malraux à Vandœuvre-lès-Nancy.

  VOIR LES OFFRES EN DETAIL
Sie sind hier jetzt
PIRX
Duo formé par Marion Wörle et Maciej Sledziecki, Pirx vient de faire paraître Sie sind hier jetzt, un deuxième album...
lire la chronique de ce CD

toutes les chroniques CD de la semaine
culture publique
team network
multimedia



La bande annonce de Sortir du corps,d'après Valère Novarina, adaptation et mise en scène de Cédric Orain. A découvrir également dans les pages du numéro de Mouvement actuellement en kiosque.
Une vidéo de theatre-video.net

infos abonnement newsletter contacts annonceur liens