Mouvement.net
accueil kiosque critiques vrac abonnes ressources liens

chronique du 31/10/2011
Weird Pop
TONES ON TAIL
Label/distributeur : Beggars Archive

Weird Pop, anthologie du groupe Tones On Tail concoctée par Beggars Archive, permet de redécouvrir enfin la pop aussi déviante que délicate de ce groupe anglais éphémère, monté au début des années 1980 par Daniel Ash, le guitariste de Bauhaus.

Paru récemment et dédié au groupe Tones On Tail, Weird Pop incite tout d’abord à saluer l’activité de Beggars Archive, sous-division chargée de l’exploitation du fond de catalogue de Beggars Banquet (BB), à commencer par ces années 1980 durant lesquelles, de Bauhaus à Gary Numan ou Red Lorry Yellow Lorry, sans oublier les mirifiques publications (Cocteau Twins, Dead Can Dance, The Wolfgang Press, The Birthday Party, Pixies…) de sa sous-division 4AD, le label écrivit quelques-unes des pages les plus mémorables du rock indépendant britannique.

Ce bien nommé Weird Pop offre surtout l’occasion de mettre en lumière le legs de Tones On Tail, sans doute la meilleure et la plus méconnue des émanations (Love And Rockets, Dali’s Car…) de Bauhaus – groupe remarquable, qui excède largement les limites de ce mouvement gothique dont il est souvent désigné comme le parangon. C’est à la faveur d’une crise au sein de Bauhaus – crise qui devait d’ailleurs mener à la dissolution du groupe en 1983, après la publication de l’album Burning From The Inside – que Daniel Ash décide de créer Tones On Tail afin de laisser libre cours à ses penchants expérimentaux. Il s’acoquine avec le bassiste Glenn Campling, rencontré aux Beaux-arts et devenu entre-temps roadie de Bauhaus, grand amateur de musique électronique en général, et de Kraftwerk en particulier. Suite au renfort de Kevin Askins, batteur de Bauhaus, le duo se transforme en trio et publie un premier single chez 4AD en 1982. Méconnue, la carrière de Tones On Tail fut aussi météorique : jalonnée d’un album et d’une jolie poignée de maxis et singles, elle n’aura duré que deux ans, s’achevant fin 1984 à l’issue d’une unique tournée en Grande-Bretagne et aux Etats-Unis.  Météorique, voire cosmique, tant cette musique – que Daniel Ash a qualifié un jour de « modern psychedelia » – se distingue d’abord par son mélange d’efficacité et de densité atmosphérique.

Tones On Tail fait partie de ces formations dont il existe peu de photos – et sur certaines d’entre elles, le trio, presque aussi mal sapé que les Chameleons, a vraiment l’air naze… Une classe inaltérable se dégage pourtant de sa musique, comme en témoigne parfaitement Weird Pop, qui, incluant quelques raretés (dont une reprise live du « Heartbreak Hotel » d’Elvis), balaie en 19 morceaux la discographie du groupe (2). Weird (bizarre), cette pop – Pop était d’ailleurs le titre de l’unique album de Tones On Tail, sorti en 1983 – l’est bel et bien. Devenu un classique des dancefloors et des compilations post-punk, « Go! », qui ouvre fort logiquement les hostilités, en fournit une preuve éclatante.

A l’écoute de Weird Pop frappe avant tout la variété des univers explorés, et des moyens employés par le groupe pour mieux distendre le cadre de la pop : porté par des lignes de basses tantôt ondoyantes, tantôt surpuissantes, l’auditeur navigue d’un dub obsédant à une new-wave spectrale, parfois instrumentale (« You, The Night & The Music », idoine conclusion de cette anthologie), qui n’hésite pas à convoquer boîte à rythmes, saxophones fébriles et bruits bizarres. Tout du long, Daniel Ash s’affirme comme un guitariste magnifique, doublé d’un chanteur/compositeur de grand talent. Rappelant parfois les délires de Wire, ses textes surréels ne sont pas pour rien dans la fascination qu’exerce la musique de Tones On Tail. Ils font mouche dès A Bigger Splash, tout premier morceau du groupe, hommage au magnétique film éponyme de Jack Hazan avec le peintre David Hockney : « It is very good advice to believe / Only what an artist does », susurré par Daniel Ash, sonne alors comme un manifeste.

Les deux plus beaux morceaux de Tones On Tail sont aussi les plus longs : la narcotique ballade « Rain » évoque tour à tour l’électronica de Boards Of Canada et les vignettes minimalistes du Brian Eno des années 1970, tandis que « Twist », ultime morceau du groupe (proposé ici dans une version extended), est sans doute son chef-d’œuvre. Selon Ash lui-même, cette magnifique ballade, pour laquelle le terme « lynchien », si galvaudé, semble avoir été forgé, est d’ailleurs le morceau qui résume le mieux la musique et le projet de Tones On Tail. Avec sa boîte à rythme chaloupée et ses cris de mouettes, ses textes cryptiques et ses guitares atomiques, ce morceau déploie pendant plus de 6 minutes une structure labyrinthique, agencée autour d’une étourdissante succession de gimmicks et de motifs de guitare. Modern psychedelia, indeed, mais aussi chant du cygne d’un groupe dont les productions s’inscrivent dans l’une des périodes les plus passionnantes des années post-punk : celle qui vit un certain nombre de musiciens britanniques donner naissance, en groupe (Siouxsie And The Banshees avec l’album A Kiss In The Dreamhouse, Section 25 avec The Key Of Dreams) ou en solo (Robert Smith avec The Cure ou The Glove, ou encore Colin Newman, dont la pop baroque et beckettienne compte parmi les joyaux rares de 4AD), à un psychédélisme d’un genre nouveau, à la fois élégant et décadent. De ce psychédélisme, la pochette de l’album Pop – qui assurément vaudrait aujourd’hui au groupe les foudres de la censure – offre une parfaite traduction visuelle – comme si la pop, c’était cela : un visage de femme dans le corps totalement nu d’une fillette, marchant en équilibre au milieu de la nature, à la fois animale et cérébrale, touchante et incongrue.

1. Prochaine réédition, annoncée pour mi-novembre : une anthologie, sous forme d’un beau coffret de 3 CD, des précieux This Mortal Coil, projet qui fut initié par Ivo Watts-Russel, le fondateur de 4AD, avec les artistes du label, et dont (au moins) les deux premiers albums sont indispensables.
2. Beggars Banquet avait déjà publié en 1998 un double CD qui, comme son titre (Everything!) l’indique clairement, présente l’avantage de l’exhaustivité.


> Weird Pop de Tones On Tail (Beggars Archive) est sorti le 12 juillet 2011.


David SANSON
à visiter
La page myspace de Tones on Tail
Le site de Beggars Archive
agrandir la taille de la police réduire la taille de la police imprimer ce document
le club
login  
mot de passe
s\'inscrire
s\'inscrire
newsletter
en kiosque
en kiosque
Gagnez des invitations pour les festivals Côté Cour à Pantin, Extension en région parisienne, Les Rencontres chorégraphiques internationales de Seine-Saint-Denis, Danse en mai aux Treize Arches de Brive, Les Musiques à Marseille organisé par le GMEM ainsi que Nouvelles à Strasbourg et Sonore à Brest. Au Manège de Reims, le week-end sera WAOUH. A La Gaîté Lyrique, suivez le cycle consacré à Myriam Gourfink. Et toujours, Musique Action près de Nancy au Centre André Malraux

  VOIR LES OFFRES EN DETAIL
"M" Megamix
I:CUBE
Producteur aussi discret que passionnant, I:Cube sort d'un long silence pour publier "M" Megamix, un disque insensé qui...
lire la chronique de ce CD

toutes les chroniques CD de la semaine
culture publique
team network
multimedia

Suivez la programmation des Rencontres chorégraphiques internationales de Seine-Saint-Denis et rencontrez les artistesMouvement vous fait gagner des places pour le spectacle de DD Dorvillier le 15 mai à 20h au Forum du Blanc-Mesnil. 

infos abonnement newsletter contacts annonceur liens