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chronique du 31/01/2012
Sie sind hier jetzt
PIRX
Label/distributeur : Satelita
Duo formé par Marion Wörle et Maciej Sledziecki, Pirx vient de faire paraître Sie sind hier jetzt, un deuxième album délivrant une musique instrumentale à la fois concrète et atmosphérique, belle et bizarre, dont la composition très insolite fourmille de détails et de trouvailles.
Sie sind hier jetzt : Vous êtes ici maintenant, un titre d'une délicieuse ironie pour une musique qui trouve sa beauté dans une indécision foisonnante, une tension entre des entités totalement flottantes et quelques objets peut-être plus accrochés à la terre, d'ailleurs plus visqueux que solides. Pirx partage chez moi une connexion synaptique avec Nuages Gris (Trübe Wolken, 1881), cette toute petite pièce de rien écrite par Franz Liszt à la fin de sa vie. Peut-être la première œuvre indécise, inachevée ou – pour parler comme les musicologues – irrésolue de toute l'histoire de l'Europe. Quelques notes de pianos erratiques, et c'est tout. Un peu avant Satie, et pas très loin de Huysmans. Le nuage n'a même pas une forme de poire, il passe son temps à se défaire. La subversion se situait précisément là. De cette dissolution crépusculaire des convictions du musicien devenu vieux, s'extirpaient les prémices d'un possible renouveau. Liszt s'attaquait aux ennemis de son temps, à cette vénération de l'architecture appolinienne symétrique et compliquée. L'Europe n'a jamais été une fête. Chant down Babylon, comme psalmodiait l'autre...
Pirx ne se revendique peut-être pas de Liszt (ni probablement du reggae...), mais il existe néanmoins entre eux une dissidence commune. Ne même plus lutter contre les standards de l'industrie capitaliste, mais directement contre l'idée de structure elle-même. Après trois cents ans de transformation des êtres en choses, tenter de donner de l'être aux choses. Pisser sur la bande, comme le fit Lee Perry, ou pourquoi pas, maculer le disque dur de ses menstrues. Irie !
Pirx s'y attaque avec ironie plutôt qu'avec tristesse, barbotant comme des singes dans leur petite jungle sonique, plus épouillés que dépouillés.
Des flûtes, des scies musicales de toutes natures, des percussions-objets, des effets, beaucoup, des silences venteux qui arrivent par vagues. Les guitares électriques parfois assez cinglantes viennent et repartent, pas gênées de leur incongruité dans ce milieu fragile. On ne sait plus ce qui est machine et ce qui est homme, et on ne sait plus non plus où commencent les flots bleus et où s'arrête la terre. La ligne de partage de l'intérieur et de l'extérieur, les étranges restes harmoniques et les particules de son, tout est comme renvoyé à une entropie qui préexiste et survit à l'écoute. Légère dissolution de l'amour. Vaste programme réalisé avec distanciation et humour, et peut-être le soupçon de désespoir nécessaire.
CD de la semaine en partenariat avec La Gaîté Lyrique.
Guillaume Ollendorff |
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