COMPTE RENDU La ville en mouvement Le Festival Dies de Dansa s'ouvre au monde
date de publication : 07/07/2010 // 8026 signes
A l'aube de son vingtième anniversaire, le festival international de danse contemporaine en paysages urbains, Dies de Dansa, fait désormais partie des projets culturels annuels en Espagne. A Barcelone, Sitges, Mataró et Sadabell, les artistes sont venus du monde entier pour présenter leurs performances. Une édition dont la République de Corée était l'invitée d'honneur.
Cela fait maintenant 19 ans que cela dure. Dans les rues, les parcs, les bords de mer ou encore dans les zones historiques, la foule s'est amassée pour contempler des performances de danse in situ en espaces urbains. A l'air libre, de jour comme de nuit, les spectacles se sont enchaînés pour le plaisir des grands comme des petits. Du 1er au 5 juillet, des artistes d'horizons très divers se sont réunis pour danser dans les villes de Barcelone, Mataró, Sitges et Sadabell. Permettant d'encourager une réflexion autour de la notion d'espace public ainsi qu'une redécouverte du patrimoine architectural de la ville, le festival Dies de Dansa permet surtout de développer de nouvelles ouvertures professionnelles et de générer un échange artistique entre les villes et régions du monde entier. L'artiste suisse Marie-Caroline Hominal travaille sur l'artificialité du rock. A prendre au second degré, sa création fait sourire les spectateurs désorientés par sa rapidité et son étrangeté. Selon elle, « le festival est une belle aubaine pour faire des rencontres professionnelles ». Conçus pour être accessibles à tout public, les spectacles sont de courte durée (entre 10 et 20 minutes), ce qui peut frustrer bien des chorégraphes. Mais qu'importe ! La communication est ici le maître mot. Selon le directeur artistique Juan Eduardo López, « il est difficile de garder l'attention du public longtemps quand ça se passe en extérieur. Le choix d'une durée courte permet de donner de la vitalité, de montrer différents aspects de la danse contemporaine. C'est un travail en espace ouvert et l'attractivité avec le spectateur qui est primordial. Il faut de la créativité. » Fait social, la danse se présente comme un moyen d'expression efficace pour décrire la société et ses maux. Née de la volonté de renforcer le lien entre le public en général et les arts scéniques, cet événement est un concept réussi de l'Associació Marató de l'Espectacle (le Marathon du spectacle). L'association a ainsi crée le premier festival exclusivement consacré à la danse contemporaine. Ayant, dans un premier temps, lieu dans l'attrayant Parc Guëll à Barcelone, la rencontre artistique s'est étendue dans d'autres zones de la ville comme le musée d'art contemporain de Barcelone (MACBA), les Centres de culture contemporaine de Barcelone (CCCB) ou bien le Musée Picasso. Véritable succès, le projet culturel s'étend à d'autres villes espagnoles, se développe et met en mouvement les rues. Année après année, Dies de Dansa est un espace de création artistique, une plateforme pour professionnels de la danse, reconnus ou émergents. « De grands artistes sont passés par ce festival. C'est une grande plateforme, une porte d'entrée », explique Juan Eduardo López.
Un réseau mondial Faisant partie intégrante du GREC Festival d'été de Barcelone (13 juin-1er août 2010), Dies de Dansa est avant tout membre fondateur de CQD – Ciudades que Dansan/Villes qui Dansent – qui se présente aujourd'hui comme un réseau international de 32 festivals de danse en espaces urbains. L'objectif est de favoriser la collaboration et la création de projets en commun entre festivals membres. Cette année, les artistes sont venus de Suisse, du Pays Basque, de France, d'Allemagne, d'Inde et surtout de Corée. Les communautés se suivent les unes après les autres sur scène et le public est transporté dans un univers cosmopolite. Les cadres sociaux-politiques ont bien des influences sur la sensibilité de chacun des danseurs. Au son d'une musique typiquement indienne, Sharmini Tharmaratnam a ainsi su dévoiler une danse décadente et colorée. Entre rythme lent et rapide, elle cherche à démontrer le développement du vide dans le monde en général. Mais force est de constater que la communication et la relation avec autrui tient une grande place dans la plupart des propositions artistiques. C'est un flamenco clownesque et passionné que Marcos Vargas et Chloé Brûlé ont dévoilé au grand public. Humour et passion ont appelé les plus jeunes à danser au c½ur de la scène. Un brin de fraîcheur dans un univers où l'individualisme semble prendre le dessus. C'est d'ailleurs cette thématique universelle que les Coréens de Lee In-Soo Project ont choisi de traiter. Entre violence et émotion, les deux hommes combattent la pensée unique sur des techniques pouvant s'apparenter à des arts martiaux. La culture coréenne était bien au rendez-vous durant ce festival. Vocalises et narrations en langue asiatique se sont dès lors mêlées aux percussions pour le spectacle de Park Soon-ho. La chorégraphie alterne moment de tension et de relaxation. Un pari réussi. L'originalité de ces artistes surprend souvent le spectateur. Tel est le cas de la jeune Sun A-Danse avec sa réflexion sur la rencontre entre les ondes sonores et l’énergie du mouvement. Son solo intitulé « Waves » révèle les mouvements enfouis naturellement dans notre corps, en attente d’un rythme sur lequel ils peuvent rebondir. La danse des vagues arrive dès lors quand les énergies explosent avec la musique. « Après avoir découvert des artistes comme Sun-A Lee, j'ai appris par la même occasion que nous fêtions le soixantième anniversaire de relations diplomatiques entre la Corée et l'Espagne. Ce fut une bonne occasion pour faire des artistes de ce pays les invités d'honneur de Dies de Dansa. Ils ont leur univers. Apportant un regard nouveau, les danses ont une certaine rapidité, élégance et finesse », précise M. López. La sagesse et l'élégance sont effectivement les termes qui viennent à l'esprit pour décrire la performance de Kim Sunmee. « Pour participer, soit l'association nous repère dans un festival, soit l'on doit envoyer une vidéo. Il y a en effet beaucoup de Coréens cette année! Mais on apporte tous des choses différentes », ajoute Sun-A Lee. Capable de se renouveler et de s'adapter au temps dans lequel nous vivons, les projets sont mis à portée de tous. Danser la ville, c'est aussi utiliser le cadre qui nous entoure et mettre à contribution des objets divers tels que des chaises, tables ou encore arrosoir, la danse transformant l'espace et l'architecture. Andrés Corchero, avec une chaise attaché dans son dos, explore les matériaux et adapte son spectacle (de jour comme de nuit) à l'univers qui l'entoure. Dans une plus grande originalité, matières plastiques et objets d'usage quotidien sont repris dans l'absurde. Telle une Superwoman, la grande Eun-Kyung Lee arrive sur la plateforme pour dévoiler un univers rocambolesque. L'ouverture vers l'autre est l'objectif premier de Dies de Dansa. Juan Eduardo López étend sa curiosité et choisit de faire découvrir le hip hop contemporain de la compagnie Clash 66. A but non lucratif, l'association cherche à développer un système de solidarité avec un pays membre du réseau. Cette année, Marató de l'Espectacle insiste sur la nécessité de soutenir la ville de Concepción au Chili qui a subi un séisme dévastateur.
Art et communauté Tout au long du parcours sont nés d'autres projets basés sur l'idée que l'art est un transformateur social. Danza en familia (danse en famille) est un concept qui s'ancre dans Dies de Dansa. « L'idée est de créer une articulation avec l'art. Tout le monde se démasque pour jouer », témoigne Juan Eduardo López. Des vidéos de ses ateliers sont projetées sur écrans géants en première partie des représentations. Le sens de l'événement prend peu à peu son sens, l'objectif des cours étant de travailler les relations familiales à partir de l'art car « l'art permet de se rencontrer et de contrer les problèmes ». Dies de Dansa travaille pour la communauté et expose des émotions. Les artistes transmettent et communiquent avec le public. Pour son vingtième anniversaire, Marató de l'Espectacle invite tout le monde à découvrir un nouveau « feu d'artifice de danses contemporaines ».
>Dies de Dansa a eu lieu du 1er au 5 juillet 2010 dans les villes de Marató, Sitges, Barcelone et Sadabell.
Gagnez des invitations pour le festivalHors Saison d'Arcadi, le dernier spectacle de Nasser Djemaï, Invisibles, auTarmacà Paris, la pièceSUNdeCyril TesteauCarré - Les Colonnesà Saint-Médard-en-Jalles près deBordeaux, le magnifiqueSalvesde Maguy Marin auManège de Reims,ainsi que la compagnie Retouramont auThéâtre de Châtillon. Et toujours, à Bordeaux, découvrez la pièce d'Arthur Schnitzler,Chemin solitaire,mis en scène par les flamandstg STANauTnBA. A l’Agorad’Evry, venez découvrirFauvesdeMichel SchweizeretLes FuyantesdeCamille Boitel et Boris Gibédont on vous parle dans le numéro en cours ; à Lyon, rendez-vous auThéâtre Nouvelle Génération/CDN ; partez àGenèvepour le festivalBlack Movie, vivez du théâtre documentaire auLieu Unique, à Nantes ; transportez-vous vers le futur à laGaîté Lyrique, à Paris. Mais aussi des moments improbables auVRAK Festivalen Belgique et du malambô àBonlieuà Annecy ! Et toujours, découvrez l'ensemble de la programmation du premier trimestre du Centre culturel André Malraux à Vandœuvre-lès-Nancy.
La bande annonce de Sortir du corps,d'après Valère Novarina, adaptation et mise en scène de Cédric Orain. A découvrir également dans les pages du numéro de Mouvement actuellement en kiosque.
Une vidéo de theatre-video.net