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COMPTE RENDU
Les très riches heures des arts de la rue
Floriane Gaber parcourt dans deux œuvres l’histoire des arts de la rue

date de publication : 20/07/2010 // 4689 signes

Dans deux ouvrages, la chercheuse et journaliste Floriane Gaber retrace l'émergence des arts de la rue dans les années 1970 et leur évolution jusqu'à aujourd'hui. L’occasion de se rappeler l’époque effervescente dans laquelle cette branche du spectacle vivant plonge ses racines.

Les arts de la rue sont nés du formidable bouillonnement d'une époque, celle de la fin des années 1960, puis se sont structurés au fil d'une lutte pour leur reconnaissance par les pouvoirs publics avant de devenir un secteur à part entière qui représente plus de 900 compagnies et environ 200 festivals. C'est cette histoire que Floriane Gaber nous invite à découvrir au travers de deux ouvrages : Comment ça commença-Les arts de la rue dans le contexte des années 70 et Quarante ans d'arts de la rue (éditions Ici et Là). La chercheuse et journaliste suit un rythme chronologique en mettant l'accent sur les évènements phares (Aix-Ville ouverte aux saltimbanques de 1973 à 1977 ; La Falaise des fous en 1980...) et les compagnies pionnières (Le Palais des Merveilles, Le Puits aux Images, Les Noctambules...).
Dans le premier opus, Floriane Gaber s'attache à la décennie 1970, qui voit éclore une nouvelle forme de spectacle vivant, spontanée et rebelle. L'élan d'une flopée de jeunes artistes décidés à créer hors des institutions et à aller au contact de la population est en phase avec le contexte politique, social et artistique. Ces « nouveaux saltimbanques » sont nourris, déjà, du théâtre militant qui foisonne alors. L'agit-prop, le théâtre d'intervention, le théâtre-forum d'Augusto Boal, les spectacles créés avec des habitants par des artistes comme Armand Gatti et André Benedetto inspirent les troupes qui créent dans la rue.
Les formes artistiques radicales nées d'une expérimentation tous azimuts et du dépassement des limites de l'art sont une autre influence pour les pionniers des arts de la rue. La création collective, l'improvisation, l'effondrement de la séparation entre acteurs et public, la tentative de brouiller les frontières entre art et vie quotidienne marquent les premiers spectacles. La créativité des compagnies, y compris celles des générations actuelles, puise dans les formes du happening, des events, du « théâtre physique » ou du land art.
Une troisième influence majeure décrite par Floriane Gaber est celle du cirque ambulant, du théâtre itinérant et, surtout, du monde forain. Les derniers « cogne-trottoirs » traditionnels ; les cracheurs de feu, les magiciens, les hercules, les joueurs de limonaires, les mimes, les chanteuses de rue..., exercent encore sur le pavé parisien. Les jeunes artistes auront la chance de les côtoyer lors de festivités comme Aix-Ville ouverte aux Saltimbanques.
Les premiers spectacles de théâtre de rue s'inscrivent dans le goût de l'époque pour les fêtes populaires, le carnaval et les parades, avant d'évoluer vers une diversité de tonalités, et d'esthétiques, y compris un travail sur la dimension intime et le texte contemporain. La variété des disciplines utilisées restera, elle, constitutive de ce champ où l'on retrouve toutes les dimensions de l'art : installations plastiques, danse, performance, musique, chant, marionnette, acrobatie, pyrotechnie, jeu masqué, machineries, arts visuels et numériques y compris.
Dans le second livre, Quarante ans d'arts de la rue, Floriane Gaber retrace le parcours de quelques compagnies phares (le Théâtre de l'Unité, le Royal de Luxe, Ilotopie, Cacahuète, Transe Express, Les 26 000 Couverts, Annibal et ses Éléphants, Komplex Kapharnaum...). Elle évoque aussi les étapes de la professionnalisation à partir des années 1980 : le financement public par le biais du Fonds d'intervention culturelle (FIC) du ministère de la Culture, puis les aides directes du ministère, la création de Lieux Publics puis de Hors Les Murs, la constitution de la Fédération nationale des arts de la rue, le Temps des arts de la rue, la reconnaissance des centres nationaux des arts de la rue (Cnar), l'organisation de réseaux européens (In Situ, Circostrada...)... Les deux ouvrages de Floriane Gaber permettent de mesurer le chemin parcouru en quarante ans.
A propos des ouvrages eux-mêmes, on peut avoir quelques réserves. Le texte, relativement touffu, aurait sans doute gagné à être découpé davantage. Quant au graphisme des couvertures, il donne une image vieillotte malencontreuse. Cette synthèse rigoureuse de la jeune et riche histoire des arts de la rue n’en est pas moins tout à fait précieuse, notamment pour saisir les enjeux actuels de ce champ artistique ou pour comprendre une époque où le champ du théâtre était étroitement lié à la sphère socioculturelle et à l’éducation populaire.

1. 40 ans d'arts de la rue, éditions Ici & Là, 188 pages.
2. Comment ça commença-Les arts de la rue dans le contexte des années 70, éditions Ici & Là, 280 pages.


>Photos :
Une : Les gens de couleurs, © La Cie Ilotopie
Article : Au temps des croisades, la Cie 26 000 couverts, © DR

Naly GERARD
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