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COMPTE RENDU
Présents scéniques
Tanz im August
date de publication : 07/09/2010 // 3766 signes
De la 22e édition du festival Tanz im August, qui s’est tenue à Berlin du 19 août au 3 septembre, se détachent plusieurs pièces remarquables – dont la splendide Manta d’Héla Fattoumi et Eric Lamoureux – témoignant, chacune à sa façon, d’une vision généreuse de la danse contemporaine.
Il suffit parfois de (très) peu pour qu’une pièce de danse prenne corps et fasse sens. Preuve en fut faite de fort belle manière par On pleasure and fear, spectacle de la chorégraphe et danseuse suisse Irina Müller présenté en fin de parcours du Tanz im August. Durant quarante-cinq minutes, sur un plateau presque entièrement nu – seuls éléments de décor : deux barres de néons, et un grand rideau noir à moitié tiré – et avec pour uniques accessoires trois pots de confiture de fruits rouges (on y met le doigt comme dans un engrenage fatal), trois danseuses – Irina Müller Therese Markhus, Kotomi Nishiwaki – accomplissent un étrange rituel corporel, dont les mouvements, souvent convulsifs, relèvent du registre de la peur autant que de celui du plaisir. Tel est bien l’enjeu, clairement indiqué dans son titre, d’On pleasure and fear : loin de toute incarnation schématique (c’est-à-dire binaire), traduire ces innombrables états d’âme – qui sont toujours aussi des états de corps – compris entre les deux pôles émotifs que sont le plaisir et la peur. Accompagnées par une bande sonore (de l’ambient grésillante) d’une extrême finesse, les trois interprètes parviennent à construire un continuum étonnamment cohérent, tout en suggérant quantité de récits possibles et imaginables. Rares sont les pièces, de danse ou de théâtre, qui s’apparentent autant que celle-ci à une proposition, au sens le plus stimulant du mot. Fruit d’une collaboration entre Meg Stuart, le chorégraphe-danseur Philipp Gehmacher et le plasticien Vladimir Miller, The Fault Lines se situe dans une zone plus proche de l’installation, la partie proprement chorégraphique de la pièce étant rehaussée par un dispositif vidéo assez sophistiqué. Bien que frôlant parfois l’esthétisation, l’ensemble – qui incite subtilement à réfléchir sur les miroirs – s’avère plutôt prenant. On n’en dira certes pas autant de Look at me, I’m chinese, spectacle lisse et stérile élaboré par deux chorégraphes berlinois avec des danseurs chinois, ni du Human Writes de la Compagnie Forsythe, installation performative basée sur la Déclaration universelle des droits de l’homme qui tourne (très) vite au pensum bien-pensant – mais mal-dansant. Sans être aussi rébarbative, An Introduction, la conférence performative d’Olga de Soto, première étape d’un work in progress inspiré de La Table verte de Kurt Jooss (pièce créée à Paris en 1932), n’a pas vraiment convaincu, faute d’une réelle écriture scénique. Au final, ce travail de recherche sur la mémoire et la perception ne dépose qu’une empreinte trop superficielle. De ce Tanz im August 2010, marqué par une météo spécialement chagrine, l’on gardera en revanche longtemps – et précieusement – le souvenir de deux pièces d’une intense intelligence. Il s’agit tout d’abord de Manta, d’Héla Fattoumi et Eric Lamoureux. S’emparant avec beaucoup de tact d’un très sensible sujet de société (le voile islamique), le duo compose un bouleversant éloge de la féminité, porté par l’interprétation à fleur de peau d’Héla Fattoumi, seule sur scène. Il s’agit ensuite de 50 years of dance, de Boris Charmatz, lequel, loin de toute génuflexion solennelle, a su trouver l’exacte distance, et le juste ton (plein d’une allègre irrévérence), pour rendre hommage, en cinquante exaltantes minutes, à l’éternel enfant terrible que fut Merce Cunningham.
> L'édition 2010 de Tanz im August a eu lieu du 19 août au 3 septembre à Berlin.
Photo : Manta, d’Héla Fattoumi et Eric Lamoureux. © Laurent Philippe.
Jérôme Provençal |
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