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COMPTE RENDU
La Ruhr, scène du monde
Des artistes du monde entier partagent l’art théâtral
date de publication : 19/07/2010 // 4582 signes
Du 30 juin au 17 juillet, près de 400 artistes du monde entier se sont réunis dans la Rurh, en Allemagne. Un tour du monde du théâtre, le Theater der Welt a permis de présenter les talents d’artistes venant d’Europe, d’Asie mais aussi d’Afrique. C’est aussi et avant tout l’art de croire en la connexion de toutes les cultures.
Tous les deux ans, en principe dans un lieu différent, l’Allemagne accueille le Theater der Welt. En 2008, l’obscure Halle, au centre du pays, était la puissance invitante. Cette année, c’est la populeuse Ruhr, dont le tissu urbain et les structures industrielles en reconversion ont été érigés dans le même temps en capitale européenne de la culture. Entre Essen et Mülheim-an-der-Ruhr, des théâtres du monde (theater der welt) ont présenté du 30 juin au 17 juillet un théâtre du monde, dans une sélection signée Frie Leysen. La fondatrice du Kunstenfestivaldesarts à Bruxelles y impulse plus que des choix, des convictions et un style. Elle y questionne dans le même mouvement un certain état des sociétés et des arts vivants, dans un brassage qui éloigne toute tentation de folklore pour du contemporain hautement délocalisé. S’imposent ici de fortes personnalités – on n’y trouvera qu’un Français : Rachid Ouramdane, avec Loin…–, et la confirmation du poids économique de l’Europe, son rôle de tribune privilégiée, appuyée par la curiosité de publics hautement éduqués. Le Theater der Welt refuse de baisser les bras devant le lobbyisme des cultures de masse, via quelques idéologues « décomplexés » qui affectent de penser que l’avant-garde se situe désormais entre Disneyworld et le web 2.0 érigé en point G de la mondialisation. Le Theater der Welt propose l’inverse des world tours tarifant de manière exorbitante le même instant pour tous. Ici, l’accès est sans garantie aucune, sinon d’un partage de difficultés. Les spectateurs sont prévenus par quelques placards à la typographie fortement étroitisée, dont l’économie est à la mesure de la crise. Il convient d’y apprécier quelques fourches langagières, comme ce très déstabilisant « HOCHKLUTUR » ou, pour ceux qui préfèreraient la langue des communicants « BEING CONSTANTLY MISUNDERSTOOD IS NOT A BAD THING AT ALL IN THE END ». Ainsi, hors de la culture prémâchée, il demeurerait des œuvres capables de susciter une certaine incompréhension, sur lesquelles s’agacer l’esprit. La recherche de points d’incompréhension durables n’appartient pas au seul Theater der Welt, elle accompagne nombre de festivals européens partageant peu ou prou les mêmes valeurs. Il est des pièces programmées dans la Ruhr que nous pouvons déjà inscrire sur nos tablettes, annoncées en France dès l’automne. Ainsi de Difficile d’être un Dieu, de Kornél Mundruczó (lire Mouvement n°56). Ainsi de Tagfish (création mondiale), du groupe Berlin (lire Mouvement n°52), qui témoigne justement de l’aménagement de la Ruhr, au travers d’une conversation acide de sept écrans autour d’une table. Ainsi, de Birds with skymirrors, de Lemi Pomifasio, une splendeur crépusculaire, où le chorégraphe samoan met en images et en mouvement quelques rites désespérés face au saccage de la nature. Mais il y a des auteurs et des spectacles qui ne sont pas encore sur les tablettes de nos programmateurs. A commencer par l’Argentine Beatriz Catani, encore pratiquement inconnue en France, alors qu’elle est familière de la Belgique et de l’Allemagne depuis l’admirable Ojos de ciervo rumanos. Il y a deux ans, elle présentait à Bruxelles Finales, une dérivation de La Passion selon GH de Clarisse Lispector, qui se révélait une exploration explosive des névroses familiales. Pour Insomnio, elle reprend et condense Finales, avant de se lancer dans « une veillée tragicomique » qu’elle se plait à distiller durant six heures trente, le temps d’une nuit, suggérant l’auto-fiction via la bonne ville de La Plata où elle a ses quartiers, pour s’inscrire dans une névrose pleinement collective, historique, celle de l’Argentine. Autre rendez-vous encore imprévu : avec Daisuke Miura et son Château des rêves, pièce sans autre dialogue que quelques grognements et échos du dehors, désert des sentiments d’un réalisme glacé, sous dominante sexe parfaitement cru. Daisuke Miura et sa compagnie Potsudo-ru représentent une découverte aussi importante que celle de Toshiki Okada et du groupe Chellfish il y a trois ans. Il confirme combien le champ théâtral est en plein renouveau au Japon. Nous y reviendrons dans un prochain numéro de Mouvement.
>Theater Der Welt a eu lieu du 30 juin au 17 juillet dans la Rurh.
>Photos : Une : Le château des rêves, de Daisuke Miura, © Klaus Lefebvre Article : Difficile d’être un Dieu, de Kornel Mundruzco, © Klaus Lefebvre
Jean-Louis PERRIER |
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