June and Jim

Noche Primera

June et Jim

Traffix Music/L’Autre Distribution

Emmené par la Française Marion Cousin et l’Espagnol Borja Flames, auteurs/compositeurs/interprètes d’une grande finesse, le groupe June et Jim franchit en beauté le cap du deuxième album avec Noche Primera, fervent recueil de chansons insolites.

Par Jérôme Provençal publié le 16 sept. 2013

 

Marion Cousin et Borja Flames font de la musique ensemble depuis 2006, année lors de laquelle ils se rencontrés à Barcelone, avant de partir vivre à Paris. Le duo a d’abord fait paraître deux EP (Les Vivants et Fables) en 2008 puis s’est transformé en quatuor avec l’arrivée en 2009 de Renaud Cousin (percussions) et Igor Estrabol (trompette, clarinette, scie musicale). En cette rentrée automnale 2013, ils nous offrent Noche Primera, deuxième album hautement singulier qui dépasse les attentes suscitées par leur prometteur premier (Les Forts) sorti l’an dernier : enregistré en quelques jours à l’ancienne (les quatre membres du groupe jouant ensemble dans la même pièce), il révèle un univers musical aux particularités désormais très affirmées.

Le nom de scène joliment allusif qu’ont choisi Marion Cousin et Borja Flames évoque bien sûr le Jules et Jim de François Truffaut et peut-être encore davantage « Le tourbillon de la vie », l’inaltérable chanson du film composée par Rezvani et interprétée par Jeanne Moreau, la musique de June et Jim s’inscrivant de fait dans la lignée de la chanson française la plus stylée. Parler uniquement de chanson française serait toutefois réducteur et ne rendrait pas justice à une musique atypique au point, aujourd’hui, de paraître apatride.

Ce caractère apatride ne tient pas seulement au fait que – comme son titre le suggère – Noche Primera parle autant l’espagnol que le français (alors que Les Forts était presque entièrement en français) mais aussi, et surtout, au fait que les textes sont écrits et interprétés de telle manière qu’ils semblent n’appartenir à aucun pays répertorié. Ainsi a-t-on le sentiment que les 14 chansons ici réunies reviennent d’un lointain passé ou proviennent d’un non moins lointain ailleurs, qu’elles surgissent tout droit d’une contrée imaginaire, à la fois lumineuse et lunaire.

Autant que sa pochette, un collage d’inspiration surréaliste, étonne et séduit l’œil, Noche Primera étonne et séduit l’oreille, irrésistiblement envoûtée par ces comptines aux douces inflexions médiévales. Suspendues entre ciel et terre, entre chanson buissonnière et folk atypique, ces comptines peuvent sans rougir soutenir la comparaison avec celles, si merveilleuses, d’Emmanuelle Parrenin. Le titre de la première d’entre elles, « Chants et craquements », pourrait tout aussi bien s’appliquer à l’ensemble, de bout en bout absolument craquant.