© Véronique Baudoux

La maladresse

Pour sa 21e édition, le festival Vivat la danse !? présentait La maladresse, la dernière pièce de Mylène Benoit. Un objet vocal, chorégraphique et sonore pour une performance tournée vers l’intime.  

Par Audrey Chazelle

 

 

Snobant les gradins, le public s’installe directement sur la scène, en bordure d’un espace blanc tri-frontal. Disposés sur une sorte d’autel, le trio, composé des deux membres du groupe lillois Cercueil et de l’interprète Célia Gondol, s’échange comme pour s’accorder, quelques regards appuyés. Puis les instrumentistes prennent place derrière leur console, laissant Célia s’avancer vers nous sous la lumière dorée d’un réflecteur façon soleil.

C’est d’une première note vrombissante, s’échappant des entrailles de l’interprète pour revenir mourir sur ses lèvres, que le mouvement corporel se fait l’écho, dans une lenteur aérienne. Un appel quasi incantatoire auquel le public, plongé dans son regard doux et profond, répond par une écoute dévote. Avec la délicatesse de ses déplacements et la volupté de ses mouvements, la danseuse en jean gris et tee-shirt blanc devient un objet intermédiaire, comme un point fixe nous conduisant dans d’un état quasi-hypnotique. On reste à la surface de ce qui flotte, et on s’y sent bien. La pulsation de l’organisme vivant, enveloppé par les sonorités tumultueuses, rythme notre flânerie contemplative. Harmonieusement, sans accident, le corps vertical de la danseuse dessine une partition répétitive et multidirectionnelle. Alors que nos pensées sont englouties par ce « typhon musical », le corps et le son se retirent soudainement, abandonnant l’espace à cette lumière océanique et nous laissant continuer seul notre chemin. Un court passage méditatif à l’écoute du silence et de l’absence, avant que la musique ne ré-enchante le paysage.

À l’inverse du geste hystérique auquel on aurait pu s’attendre (l’écriture chorégraphique s’étant inspirée de recherches sur les mouvements dyskinétiques comme les tics et les tremblements), c’est une exécution précise et synchronisée que déploie Célia Gondol, sous le regard de Mylène Benoit. Accueilli en résidence à la Villa Kujoyama, au Japon, le projet semble avoir absorbé cette culture du corps dansant, jouant, chantant, vecteur de communication entre le monde physique et le monde spirituel. Au point qu’il se fait finalement l’écho d’un art chorégraphique contemporain qui, par son désir permanent de fusion, friction et transformation, se définirait par son indéfinition. Ainsi, un deuxième volet de la pièce intégrera la présence d’un danseur de Nichibu (danse classique japonaise) et de danse contemporaine, sous le nom de Gikochina-sa (maladresse en japonais). Une pièce présentée aux Rencontres chorégraphiques internationales de Seine-Saint-Denis, en juin prochain. 

 

> La maladresse de Mylène Benoit, a été présenté le 2 février au Vivat, dans le cadre du festival Vivat la danse ?! à Armentières