<i>Actrice</i> de Pascal Rambert Actrice de Pascal Rambert © Jean-Louis Fernandez
Critiques Théâtre

L'aura d'une actrice

Après ses succès internationaux, Pascal Rambert revient cet hiver au Théâtre des Bouffes du Nord à Paris avec le tableau des derniers jours d’une actrice. Une création en demi-teinte, intense mais parfois dissonante.  

 

Par Flora Moricet publié le 10 janv. 2018

Il faut s’armer de courage pour assister aux 2h15 de la dernière pièce douloureuse de Pascal Rambert. Actrice s’ouvre d’emblée sur une femme – actrice de profession – qui ne quittera pratiquement pas son lit d’hôpital, sous des néons et dans une chambre à coucher toute entière peuplée de fleurs offertes par ses admirateurs. Interprétée par la fabuleuse Marina Hands, Eugenia se débat tantôt avec la vie tantôt avec la mort. Pour la vie, elle règle ses comptes avec sa famille, les petites névroses de chacun. Avec sa sœur, jouée par Audrey Bonnet, qu’elle n’avait pas vue depuis 20 ans, elle se réconciliera. Avec la mort, Eugenia effleure des rêveries hallucinées. Se remémorant ses grands rôles au théâtre, elle parle dans de lumineux éclats de folie de son excès de sensibilité, d'amour.

À l’origine, Actrice a été pensée pour les acteurs du Théâtre de Moscou. Cet air de Russie émane des prénoms, de la musique et de l’eau de vie. Ici, Pascal Rambert, metteur en scène du triomphant Clôture de l’amour, prend la plume dans un ton juste qui laisse aussi le champ libre à des éclats poétiques. S’il y a beaucoup de beauté dans ces dialogues qui approchent la mort de front, le texte prête à quelques considérations faciles sur le théâtre et la vie. L’intensité se perd au fur et à mesure d’un défilé de comédiens sans relief. Des scènes de soûleries un peu lourdes et une pièce-chorale guillerette, réunissant tous les acteurs dans une scène finale pour consoler l’agonisante, n’arrangent rien. Enfin, on se demande si la dernière déclamation pathétique de la sœur qui scande « Que le monde est cruel ! » par deux fois sur un air d’opéra était bien nécessaire.

Restent ces foudroyants élans de vie traversant la déchéance d’une femme, d’une actrice, d’une amoureuse, d’une enfant – les parents d’Eugenia sont présents dès le début de la pièce –, d’une mère de deux enfants, d’une amie en train d’abandonner son monde, de s’abandonner. Et comme à chacune de ses apparitions, Marina Hands en Eugenia est bouleversante.

 

 

 

> Actrice de Pascal Rambert, a été présentée du 12 au 30 décembre au Théâtre des Bouffes du Nord, Paris ; du 24 janvier au 3 février au TNS, Strasbourg ; du 13 au 17 février au TNB, Rennes ; du 21 au 23 mars à La Comédie, Clermont-Ferrand ; les 27 et 28 mars au Phénix, Valenciennes