20/03 > 28/03/2009 - GENÈVE Le son dans tous ses états Le 18e festival Archipel, à Genève
L’édition 2009 d’Archipel, festival des musiques d’aujourd’hui, se tiendra du 20 au 28 mars à Genève et proposera un retour aux « fondamentaux » – c’est-à-dire aux sources de la musique et de son corollaire, le bruit. D’eRikm à Franck Bedrossian, de Sciarrino et Kurtág à Luc Ferrari ou Morton Feldman, elle met à l’honneur une belle brochette d’aventuriers de la matière sonore.
Le son dans tous ses états Le 18e festival Archipel, à Genève
Pour sa dix-huitième édition, Archipel, festival genevois consacré aux nouvelles musiques (toutes tendances confondues), nous invite à revenir aux fondamentaux. Posons donc d’emblée la question, une question qui, avouons-le, est sur toutes les lèvres lorsqu’on considère l’imagination débridée des artistes : qu’est-ce que la musique ? Un dictionnaire nous dira que c’est « l’art d’organiser les sons », précisant, comme pour assurer ses arrières, « dans une durée et suivant des règles variables selon les lieux et les époques ». Certes, mais nous ne sommes pas beaucoup plus avancés. Que sont ces sons dont il est question ? Les bruits, tous ces parasites que nos civilisations hautement urbanisées stigmatisent comme une pollution – bruits blancs, crissements, sifflements, vrombissements, bruits saturés, timbres souillés, effets sonores involontairement induits par la technologie –, relèvent-ils du son musical ? Et le silence ? Le XXe siècle – qui marque non seulement le délaissement du système mélodique et harmonique héritiers de quelques siècles de musique occidentale, mais aussi l’ouverture aux autres cultures et un intérêt croissant des musiciens pour les diverses possibilités offertes par les techniques et technologies florissantes – a profondément remis en question la notion de musique tel qu’on a pu l’entendre. Alors que les arts visuels versaient dans l’abstraction, la musique, abstraite par essence, s’est tournée vers tous ces phénomènes inapprivoisés, qui constituent le tissu sonore de notre quotidien. Pas un musicien soucieux de son art qui ne se soit un jour posé la question et qui ne continue chaque jour de se la poser. Mêlant musique instrumentale, musique concrète, musique électronique, remix et installations sonores de toutes sortes, parcourant d’un bout à l’autre le monde musical actuel – du plus écrit au plus improvisé –, refusant systématiquement le « canon » et le « convenu », Marc Texier, directeur du festival, nous emmène aux frontières de l’audible, vers ces extrémités encore vierges et imparcourues de la musique. En chemin, ce sont nos perceptions qu’on interrogera, l’essence même de notre appréhension du réel. Et, un plus loin, au travers de l’expérience musicale, le réel lui-même, chaotique et sale, irréductible et bruyant. Des silences de Sciarrino ou de Cage au mix de rock et de son symphonique de Compressed Cry Chronicles de Carlo Carcano, en passant par la quiétude étale de The Viola In My Life de Morton Feldman ou les subtiles compositions à base de disques vinyle du « platiniste » eRikm (photo), on naviguera à vue sur cet océan toujours vierge, jalonné seulement par quelques phares plus brillants, qui nous éclairent l’étendue infinie restant à parcourir. Helmut Lachenmann utilise les instruments de l’orchestre en ignorant délibérément leurs modes de jeu traditionnel ; Franck Bedrossian affectionne les sons saturés et salis, ainsi que toutes ces imperfections que l’instrumentiste s’efforce habituellement de gommer à grands renforts de technique et de virtuosité ; György Kurtag est quant à lui un orfèvre d’un tact et d’une élégance rare (« …quasi una fantasia… »). Sans parler de tous les autres, qui amplifieront et distordront, échantillonneront et mélangeront, tritureront et déformeront, jusqu’à donner l’illusion que le son n’est pas cette vibration immatérielle, mais qu’il est en effet palpable et modelable à l’envie. A ne surtout pas manquer, la journée rétrospective Luc Ferrari, le 26 mars, durant laquelle on pourra entendre (ou réentendre) quelques-uns de ses Paysages Sonores, retravaillés ou non, par lui-même ou par divers artistes de tous horizons venus lui rendre hommage.
> Festival Archipel, du 20 au 28 mars à Genève, soirée de clôture (avec au programme Compressed Cry Chronicles de Carlo Carcano) le 28 mars à 20 h 30 à Bonlieu, Scène Nationale d’Annecy. www.archipel.org
Gagnez des invitations pour les festivals Entre cour et jardin à Dijon et La Bâtie à Genève. Et toujours, Météo à Mulhouse, Summer of Loge à Paris, des spectacles aux Brigittines, à Bruxelles, le festival Texte en l’Air à Saint-Antoine-l’Abbaye, les festivals Nous n'irons pas à Avignon à Vitry-sur-Seine et l'exposition Panorama à Lille. (Attention : la rédaction sera fermée du 31 juillet au 15 août, nous ne pourrons répondre à vos demandes pendant cette période)