05/03 > 20/03/2010 - LA MAROQUINERIE Tourbillons nippons Rock japonais symphonique
Une tournée française et la parution concomitante d’un album live nous amènent à célébrer Mono, groupe japonais expert en matière de compositions échevelées, dont la musique, issue de la sphère rock, se dote volontiers d’atours symphoniques.
Apparus en terre occidentale au début des années 2000, dans le flagrant sillage de groupes emblématiques tels que Mogwai ou Godspeed You Black Emperor, les Japonais de Mono (à ne pas confondre avec leurs homonymes britanniques, davantage portés sur l’électronique) pratiquent un rock instrumental, fortement empreint de mélancolie, dans la confection duquel les guitares se taillent la part du lion – un lion tantôt (faussement) dormant, tantôt (vraiment) rugissant. Faite de strates minutieusement enchevêtrées, alternant zones de turbulences et approches du silence, leur musique s’avère à la fois chaotique et cathartique, procurant in fine à l’auditeur une forme d’apaisement insigne, au terme d’une traversée, souvent longue et toujours très agitée. Lents crescendos, explosions subites, retours au calme : cette formule éprouvée s’applique à la grande majorité des morceaux de Mono, le groupe faisant à l’évidence partie de ceux qui creusent obstinément le même (micro)sillon. Mono comme monotone ? Sans doute, mais ce n’est pas un problème dans la mesure où la monotonie n’est pas obligatoirement synonyme d’ennui. Elle peut, tout au contraire, se révéler palpitante, pleine de reliefs insoupçonnables à première vue (ou première écoute), et ouvrir sur une multitude de nuances et de sensations. Oui, la monotonie peut être la source d’une fascination – et d’une exploration – infinie. Ainsi les paysages sonores développés par Mono, aussi austères que luxuriants, n’invitent-ils pas à la contemplation béate mais à l’immersion immédiate. Fermez les yeux, ouvrez les oreilles et obéissez aux ondes. J’entends, sur ma droite, des lèvres chafouines qui susurrent – pourquoi les lèvres chafouines susurrent-elles toujours sur ma droite ? – que Mono a une fâcheuse tendance à ne pas se renouveler. Et alors ? Reproche-t-on au soleil de ne pas se renouveler ? Il est toujours le même et, que je sache, ça ne l’empêche pas de briller… Le groupe ne nous surprend peut-être plus beaucoup depuis Under The Pipal Tree, son premier album paru en 2001 sur Tzadik (le label de John Zorn), mais il nous importe – et nous emporte – toujours autant, soulevant d’épiques rafales de notes vers un magnétique firmament. De cette capacité au soulèvement témoignent très bien les (nombreuses) apparitions scéniques du groupe, connu pour enchaîner les tournées et enfiévrer les salles. L’on peut s’en faire une juste idée grâce à Holy Ground : NYC Live with The Wordless Music Orchestra (Temporary Residence Limited/Differ-ant), bel objet mis en vente libre ces jours-ci. Fruit de deux concerts donnés en 2009 à New York pour fêter le dixième anniversaire du groupe, Holy Ground se compose d’un disque et d’un DVD, permettant de voir et d’entendre Mono interpréter une dizaine de morceaux en compagnie d’un grand orchestre. Risquée (le spectre de la grandiloquence rôde, rapace replet), l’expérience balaie toute réticence, au moyen d’un lyrisme exacerbé, sur les cordes majestueuses duquel flotte par moments l’ombre vibrante d’Ennio Morricone.
En prolongement idoine de ce disque/DVD, Mono effectue actuellement une vaste tournée européenne, incluant quatre étapes françaises. Âmes sensibles, ne pas s’abstenir.
>Mono sera en concert à Lyon (L’épicerie Moderne) le 5 mars, à Périgueux (Le Sans Réserve) le 13 mars, à Paris (La Maroquinerie) le 14 mars, et à Metz (Les Trinitaires) le 20 mars.
Crédits photos: Teppei
Jérôme Provençal
Tourbillons nippons 05/03 > 20/03/2010
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