08/03/2010 - CENTRE GEORGES POMPIDOU Légender le monde Portrait de Martin Le Chevallier
En vidéos interactives, installations ou logiciels, Martin Le Chevallier décortique et pastiche les systèmes, qu’ils soient mercantiles, productivistes ou financiers. Rencontre, à l’occasion de la projection de son dernier court métrage , 2008, pour une séance "Vidéo et après" au Centre Pompidou le 8 mars.
Martin Le Chevallier habite au dernier étage d’un immeuble en fond de cour. Dans l'effervescent IVe arrondissement de Paris, mais « assez loin du bazar de Bastille » . L'appartement est clair et calme. Tout comme lui, même si ce jour-là, il est habillé en foncé. On le sait d’emblée, il n’aime pas l’exercice du portrait. On l’interroge sur son travail. Ca va mieux.
Graphiste de formation, Martin Le Chevallier a commencé à exposer en 1998, la trentaine fraichement passée. En 1999, il crée un logiciel, Gageure 1.0, « simulateur d’existence » qui propose de « devenir quelqu’un » par une méthode simple : « croire au travail ». Que ce soit dans ses logiciels, vidéos interactives ou installations, l’entreprise et les systèmes en général sont au centre de ses préoccupations artistiques. « J’aime dévoiler les techniques, explique-t-il, avoir une conscience plus aiguë du stratagème ». Mais il se défend tout aussitôt d’être un artiste politique : « Je ne fais que constater, décrire le foutoir. » Une finesse d’analyse dans laquelle le second degré n’est jamais très loin. En 2009, l’artiste a ainsi porté en procession jusqu’à la Commission européenne à Bruxelles un drapeau européen sur lequel les étoiles faisaient une auréole à un visage imprimé. Une « arrivée discrète » selon lui, tant les riverains du Parlement sont habitués à voir toutes sortes d’hurluberlus. On hésite entre blague et message politique. Réponse : un peu des deux. « C’est un collage par l’absurde, pour montrer qu’il est dangereux de défendre une identité européenne par la religion. » « Enrayer la tendance à la communautarisation », c’est aussi le propos de 2008, court métrage qui sera projeté au Centre Pompidou le 8 mars.
2008, année de crise financière. Martin Le Chevallier est fasciné par la manière dont un mode de vie à un bout de la planète peut avoir des conséquences à l’autre. Pour illustrer ces imbrications infinies, il commence à construire un schéma, où situations et pays sont reliés par de nombreuses flèches. Cette matière est devenue la base de 2008, sorte de conte à la Voltaire où chaque personnage incarne un pays et une situation : l’agriculteur nigérien, la social-dumper chinoise, le financier anglais, le retraité américain et bien d’autres, dont, bien sûr, le consommateur français, déclencheur de l’enquête. Autant de personnes qui subissent la situation et ont des intérêts à défendre, qui tous pensent que c’est la faute du voisin. Pour vérifier donc, que le voisin n’est pas plus fautif que soi, chacun rencontre celui ou celle qu’il accuse, en une série de ricochets spatiaux. En surgissent des situations comiques ou en tout cas anti-mythes, comme lorsque plusieurs veulent « vivre comme un Américain », sans voir que l’Américain en question, ici, vit dans une caravane.
Jouer avec les situations pourrait être le leitmotiv de Martin Le Chevallier. Que ce soit dans ses fictions filmées, lorsqu’il se fait passer pour un artiste ambitieux pour recevoir l’audit d’une entreprise de management ou dans ses installations « contextuelles », l’artiste tisse et démêle toujours une « situation ». Au Parvis d’Ibos, centre d’art situé dans un supermarché, il a installée une longue vue de tourisme avec vue sur les rayons de marchandises. Son nom : Vue du XXe siècle.
Martin Le Chevallier, 2008, le 8 mars au Centre Pompidou, dans le cadre du cycle Vidéo et après. Le court métrage sera présenté en installation à la galerie Jousse à l’automne en quatre écrans accompagnés des schémas préparatoires.
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