10/03 > 03/04/2010 - LA MÉNAGERIE DE VERRE Etre ou ne pas être plumé Etrange Cargo 2010
Pendant théâtral et printanier de l’historique festival Les Inaccoutumés de la Ménagerie de Verre, Etrange Cargo réunit quelques dindons et sept étranges projets, pour questionner le dépouillement.
En ouverture du festival Etrange Cargo, l’artiste Yves-Noël Genod : « Dans mes rêves de spectacle, en ce moment, ce serait arriver à du vide, à du rien ». Aux côtés des dindons lâchés en liberté dans la nouvelle basse-cour de Genod, des personnages de cabaret, une Manga Doll, Barbara, un stéréotype de show girl américaine, une diva française, et autres fantômes. Dans leur épiphanie, on distingue l’imaginaire butoh « il y a un endroit de contemplation, une sorte de degré zéro, peut-être », ressent le metteur en scène. Jeanne Balibar, troisième branche dénudée de cette trinité féminine formée avec Kate Moran et Marlène Saldana pour le projet, approuve. Elle recoupe les informations : « Je suis allée au festival de cinéma de Rotterdam la semaine dernière, pour faire partie du jury (Nous la rencontrons milieu février).C’est un festival historique, de premiers films. J’ai été stupéfaite car nous avons découvert quinze films. Quatorze étaient muets et contemplatifs. Peut-être y a t-il quelque chose en ce moment, je ne sais pas quoi, qui tient du retrait ». Et si vide et cabaret donnaient le « la » du festival. « Hijikata, entre deux danses butoh, dansait dans des cabarets pornos le soir, rappelle Genod. « C’est à la disparition des trois comédiennes que le spectateur assiste, explique Balibar,dans Rien n’est beau. Rien n’est gai. Rien n’est propre. Rien n’est riche. Rien n’est clair. Rien n’est agréable. Rien ne sent bon. Rien n’est joli. » Le titre, c’est une citation d’Hélène Béssette, un auteur maudit du 20e siècle, morte en 2000, encensée par Duras et d’autres, mais qui ne vendait rien, au point que Gallimard cesse de la soutenir, alors que les romans, en vers libres, sont « somptueux,s’étend Genod. C’est dépressif mais extraordinairement vivant ». Autre titre à rallonge, qui convoque également un bestiaire : L’autruche peut mourir d’une crise cardiaque en entendant le bruit d’une tondeuse à gazon qui se met en marche, projet de Jean-Christophe Meurisse et de son collectif Les chiens de Navarre, labellisés « très jeunes créateurs contemporains » par le festival éponyme du Théâtre de Gennevilliers, et membre attitré du premier Nouveau Festival du Centre Pompidou. Pléthore et épuisement des signes chez Meurisse, dépossession de la personnalité pour I am 1984 de la croate Barbara Matijević, ou « écriture du vide » avec Le Bon Chemin de Jacques Albert, que met en scène, via un mouvement épuré de vidéo, le collectif Das Plateau. À l’affiche du festival, un autre dénuement, avec le plateau érotique de Gaëlle Bourges, figure choyée de la Nuit Blanche 2007, des Antipodes de Brest et plus généralement, d’une scène contemporaine échauffée par les formes du cabaret queer et du night clubbing ardent. Sur scène, trois stripteaseuses, employées d’un même théâtre érotique parisien, déplacent dans Je baise les yeux l’usage social du strip sur la plateforme artistique de la Ménagerie. En commun, une vision très personnelle de l’activisme politique, digne d’une séquence de De Palma, pour elles qui se transforment en « femmes blondes à des fins politiques »(excluons Alice Rolan, une des trois performeuses, qui précise que, « étant rousse, elle ne souhaite pas se transformer en femme blonde à des fins politiques »). Disparition version mystification cette fois, avec l’alléchant et pirandellien projet de Jean-François Auguste et Marc Lainé, conçu comme une continuation du Psychose d’Hitchcock, sous forme de « supplément » façon bonus DVD, avec scènes coupées au montage et interview exclusive du personnage principal, Norman Bates. Cela devient, sous leurs mains, Norman Bates est-il ?, dernière preuve du destin iconique du film d’Hitchcock, et premier volet d’un triptyque autour des héros de la culture populaire américaine.
En clôture du festival, enfin, une histoire de noyade, dans « le vide sociopolitique actuel » tel que le narrent communément David Bobée et Ronan Chéneau, par trois fois avec Warm, Dedans, dehors David, et des performances satellites.
>Festival Etrange Cargo, du 10 mars au 3 avril
Eve Beauvallet
Etre ou ne pas être plumé 10/03 > 03/04/2010
LA MÉNAGERIE DE VERRE 12-14, rue Léchevin 75011 Paris 01 43 38 33 44
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