Mouvement.net
accueil kiosque critiques vrac abonnes ressources liens
 
agrandir la taille de la police réduire la taille de la police imprimer ce document
10/11/2011 > 06/02/2012 - FRAC CORSE
Gaël Peltier, copie originale
L’exposition The Body Snatcher au Frac Corse
Gaël PELTIER

Avec The Body Snatcher, Gaël Peltier expose au Frac Corse son travail récent. Entre rôles pas très sérieux et dérision méthodique.

Kennedy, Scorsese, un rappeur sourd, un homme à barbe en plastique ou costume à carreaux… Pour l’exposition The Body Snatcher, Gaël Peltier fait entrer au Frac Corse une vaste gamme de personnages. Depuis quelques années, son travail tourne autour d’eux, qu’il s’en imprègne ou les incarne, produisant objets référencés, vidéos ou performances. En écho au titre de l’exposition, emprunté à un film de science-fiction où des cosses prennent possession de corps humains, ses œuvres s’infiltrent dans nos représentations comme autant de rôles truqués.

L’image en soi
Dans La Conjuration, sorte de blog vidéo tenu lors d’une résidence à New York en 2010, des sketches se succèdent, entre improvisation et effet mesuré, souvent appuyés par des déguisements faits de bric et de broc. Lors de cette résidence de six mois, Gaël Peltier prend près de 30 kilos, explorant cet état par des performances, objets, vidéos et photos. Si La Conjuration n’en est pas le journal, elle en est l’exutoire, les paroles sortant pour contrebalancer l’ingurgitation, sorte de digestion sublimée.« Cette vidéo, explique-t-il, est née de la nécessité de dire quelque chose. Ce sont des obsessions, des idées jetées sur le papier et filmées très vite. » Pêle-mêle, de fausses bonnes idées de film et autres recettes du succès, des conseils aux collectionneurs ou encore une apparition en sosie de Simplet.
Dans ses œuvres, qu’elles soient performances, relayées ici par des photos, ou objets – comme Certificat d’authenticité, constituée de sept feuilles certifiant l’authenticité de l’œuvre –, Gaël Peltier s’interroge sur l’image et sa véracité. « Jusqu’où peut-on emmener les images, parmi lesquelles l’image de soi, tout en restant soi-même ? s’interroge à son tour Jean-Yves Jouannais dans le catalogue de l’exposition. Sans déguisement ni travestissement, en faisant en sorte que l’obsession s’incarne en nous, en devenant l’idée obsédante, que demeure-t-il de nous ? Ce sont les questions auxquelles Gaël Peltier cherche à répondre lorsqu’il s’essaye à, non pas jouer ni mimer, mais être dans la peau de Robert de Niro cherchant lui-même à incarner Jake LaMotta en passant par le palier supplémentaire du sosie de l’acteur. »

L’action avant tout
Gaël Peltier n'est pas des fanfarons prêts à tout pour faire parler d'eux. Il est de ceux qui disent ce qu'ils pensent, sans carriérisme, utilisant tous les biais possibles, de l’humour à l’absurde, pour susciter la réaction. Ce soir-là, dans une salle du Frac Corse, à Corte, il répond à plusieurs journalistes, revenant sur sa performance de l'après-midi. Au fil de cette presque-conférence, intitulée Quiconque tient une poêle à frire est maître de la mort, il avait successivement rejoué l'assassinat de Kennedy (avec poêle à frire donc), évoqué Chuck Norris ou Rob Schneider, avant de déconstruire méthodiquement et non sans humour la théorie de l'art parodique d'Arnaud Labelle-Rojoux ou l'art faussement rebelle de Cyprien Gaillard. Pas d’argumentaire développé, mais des techniques de dérision simples, comme relire un article paru sur le jeune artiste en en faisant un artiste « sandale » (et non plus vandale), soulignant d’un même élan la vacuité de la critique.
Pourtant, explique-t-il, ce ne sont pas les personnes qu'il attaque, mais les mécanismes de l'art contemporain, machine à créer tous ces artistes « qui prétendent mordre mais ne font qu'aboyer ». Et lui alors, se demande-t-on, se placerait-il au-dessus de la mêlée ? « Je ne prétends pas donner de leçon, répond-il. On me donne la parole alors je la prends. » Sur un fil ténu, son art tient davantage dans l’action, l’état, que l’objet fini, prêt-à-exposer. « Ce qui est important, souligne-t-il, c’est cette énergie, qu’on ne voit pas. » Démonstration avec son projet en cours : s’entraîner de manière quasi professionnelle à la boxe, modelant une nouvelle fois son corps et s’immisçant dans le mental d’un boxeur.
L’atelier de Gaël Peltier s’ancre dans le quotidien, rendant encore plus percutante les représentations et états de faits qu’il soulève dans ses œuvres. Au travers d’une critique ciblée, c’est la fabrication même des images qui est déconstruite, mais les œuvres exposées ici n’ont rien de programmatiques. M&Ms déformés, photos et vidéos sont autant d’objets ou de vestiges destinés à perturber, à instaurer l’ambiguïté. La plupart suscitent le rire en même temps qu’elles véhiculent une certaine suspicion, comme DEAF RAG (chiffon sourd), vidéo dans laquelle l’artiste, en encapuchonné prétendument sourd, rappe dans son appartement new-yorkais. Sans grandiloquence, son action artistique nous amène à regarder là où se niche l’absurde, le scandale, le faussement spectaculaire. Instaurant ainsi le doute, seul garant d’un esprit critique toujours en marche.

 
> Gaël Peltier, The Body Snatcher, jusqu’au 6 février au Frac Corse, Corte. 

Crédits photos :
Une : Sans titre (theme for Morrie).
Article :L'Esthétique virale.
Photos : Courtesy de l'artiste.
en bref
Gaël Peltier, copie originale
10/11/2011 > 06/02/2012

FRAC CORSE
La Citadelle
20250 Corte
04 95 46 22 18
à visiter
le site du Frac Corse
une présentation de Gaël Peltier
18/05 > 19/05/2012 - PARIS
The Cockettes, drag queens psychédéliques
Rumi Missabu, un des membres fondateurs des Cockettes, troupe de hippies à paillettes américaine des années 1970, débarque pour la première fois à Paris. A cette occasion, François Chaignaud, danseur et chorégraphe, revient sur sa marquante rencontre et Chantal Aubry, auteure de La Femme et le travesti, à paraître en octobre prochain, retrace l’étonnante épopée des Cockettes.
lire la suite
24/04 > 27/05/2012 - EN FRANCE ET AILLEURS
Courage, le printemps arrive…
Pas de sinistrose en vue : des rythmes percussifs, de l’air et du vent, du silence à écouter, Annecy qui convole à Tunis, La Réunion tient le bon tempo, midi sonne à Marseille, Paris s’offre une nuit OUF, tandis qu’un Syndicat Potentiel expose à Strasbourg des pays imaginaires…
lire la suite
25/05 > 27/05/2012 - PALAIS DU TAU
Programmes courts
A Reims, du 25 au 27 mai, le festival Orbis Pictus transporte la marionnette contemporaine dans un cadre architectural somptueux. Avec une programmation étoffée et une journée professionnelle sur les formes brèves – sa spécialité –, cette jeune manifestation prend de l'ampleur.
lire la suite
le club
login  
mot de passe
s\'inscrire
s\'inscrire
newsletter
en kiosque
en kiosque
Gagnez des invitations pour les festivals Côté Cour à Pantin, Extension en région parisienne, Les Rencontres chorégraphiques internationales de Seine-Saint-Denis, Danse en mai aux Treize Arches de Brive, Les Musiques à Marseille organisé par le GMEM ainsi que Nouvelles à Strasbourg et Sonore à Brest. Au Manège de Reims, le week-end sera WAOUH. A La Gaîté Lyrique, suivez le cycle consacré à Myriam Gourfink. Et toujours, Musique Action près de Nancy au Centre André Malraux

  VOIR LES OFFRES EN DETAIL
"M" Megamix
I:CUBE
Producteur aussi discret que passionnant, I:Cube sort d'un long silence pour publier "M" Megamix, un disque insensé qui...
lire la chronique de ce CD

toutes les chroniques CD de la semaine
culture publique
team network
multimedia

Suivez la programmation des Rencontres chorégraphiques internationales de Seine-Saint-Denis et rencontrez les artistesMouvement vous fait gagner des places pour le spectacle de DD Dorvillier le 15 mai à 20h au Forum du Blanc-Mesnil. 

infos abonnement newsletter contacts annonceur liens