01/02 > 07/02/2012 - L’ECRAN C’est la lutte filmique Révolution(s) à L’Ecran de Saint-Denis
Du 1er au 7 février, le cinéma L’Ecran à Saint-Denis accueille la 12e édition du festival Est-ce ainsi que les hommes vivent ?, une édition tout entière consacrée à la révolution, cette idée vieille comme le monde (ou presque) dont le cinéma propose de multiples traductions.
« The revolution will not be televised » (« La révolution ne sera pas télévisée »), prophétisait Gil Scott-Heron à la fin des années 1960. L’avenir lui a donné tort, est-on de prime abord tenté de penser, en songeant à la voracité (faute de sagacité) avec laquelle les chaînes de télévision se jettent sur toutes les formes de contestation, nous en passent et repassent les images ad libitum, et s’en repaissent ad nauseam. Au mieux, le téléspectateur, submergé par le flux de l’info en continu, va apercevoir quelques bouts de réalité dérivant, tels des morceaux d’épave, à la surface du petit écran – mais il ne verra pas clairement ce qui est en train de se passer, et le comprendra moins encore. Seul le cinéma, cette fantastique machine à fabriquer du temps, permet intrinsèquement de saisir – d’attraper et de comprendre – l’instant présent en offrant au spectateur, par le biais du montage, la faculté d’appréhender cet instant dans son entièreté : à la fois fragment de temps, unique mais non pas univoque, et partie d’un ensemble toujours mouvant. Oui, seul le cinéma, en nous propulsant dans les cataractes du temps, nous permet d’atteindre au cœur de l’instant – ou, en tout cas, d’en approcher… En ce sens, Gil Scott-Heron avait (et a encore) raison : la télévision ne sera jamais télévisée, elle n’a d’avenir – ou plutôt de devenir – qu’au cinéma.
Gageons que cette façon de voir est partagée plutôt deux fois qu’une par les organisateurs du festival Est-ce ainsi que les hommes vivent ?, dont la 12e édition, qui va se dérouler du 1er au 7 février au cinéma L’Ecran à Saint-Denis, brandit haut l’étendard thématique Révolutions. « Comment le cinéma parle-t-il des révolutions, comment les cinéastes peuvent-ils en témoigner, quelle action révolutionnaire peut-il y avoir dans un geste cinématographique, peut-on filmer la révolution en train de se faire ? » Telles sont quelques-unes des interrogations, formulées par Boris Spire, directeur de l’Ecran, dans la brochure du festival, qui sous-tendent un programme on ne peut plus stimulant. De la Révolution française (La Marseillaise de Jean Renoir, Les Deux orphelines de D.W. Griffith) à Mai 68 et ses suites (Grands soirs et petits matins de William Klein, Le Fond de l’air est rouge de Chris Marker, Les Amants réguliers de Philippe Garrel), en passant par la chute du Mur de Berlin (le remarquable Material de Thomas Heise) ou encore la guerre d’Espagne (Espoir d’André Malraux, Terre d’Espagne de Joris Ivens), le festival invite à effectuer, une semaine durant, un vaste tour de la question.
Extrait du Fond de l’air est rouge de Chris Marker.
Un an après son éclosion, le Printemps arabe figure bien sûr au programme. L’on pourra notamment découvrir Tahrir 2011 : The good, the bad and the politician de Tamer Ezzat, Ayten Amin et Amr Salama, documentaire en trois parties s’attachant à retracer – et analyser – les 18 jours qui, du 25 janvier au 11 février 2011, ont ébranlé l’Egypte (et passionné le reste du monde) jusqu’à la destitution d’Hosni Moubarak. En ouverture du festival, mardi 31 janvier, est par ailleurs présenté (en avant-première) un film de fiction, Sur la planche de Leïla Kilani, qui, en se focalisant sur la vie de quatre jeunes Tangéroises désireuses d’échapper à leur condition (à leur destin ?), traduit avec beaucoup d’intensité et d’authenticité le malaise régnant actuellement dans le monde arabe. Dans la lignée de La Vie rêvée des anges d’Erick Zonca, Leïla Kilani porte un regard sans fard sur une réalité très sombre et, refusant de céder au découragement, signe un film dont tous les plans exsudent une intraitable rage de vivre.
Cinématographiquement parlant, révolution devrait toujours rimer avec expérimentation. Deux films en font une imparable démonstration : Il se peut que la beauté ait renforcé notre résolution, superbe portrait du cinéaste japonais Masao Adachi par Philippe Grandrieux (Sombre, Une vie nouvelle), et La Révolution n’est qu’un début, continuons le combat, fulgurant court métrage poético-politique tourné en 1968 par Pierre Clémenti. Sans cesse continuer le combat : n’est-ce pas ainsi que les hommes devraient vivre ?
> Est-ce ainsi que les hommes vivent ?, du 1er au 7 février au cinéma L’Ecran, Saint-Denis.
Crédits photo :
Une : Sur la planche, de Leila Kilani (Epicentre Films).
Article : Il se peut que la beauté ait renforcé notre résolution, de Philippe Grandrieux.
Gagnez des invitations pour les festivals Côté Cour à Pantin, Extension en région parisienne, Les Rencontres chorégraphiques internationales de Seine-Saint-Denis, Danse en mai aux Treize Arches de Brive, Les Musiques à Marseille organisé par le GMEM ainsi que Nouvelles à Strasbourg et Sonore à Brest. Au Manège de Reims, le week-end sera WAOUH. A La Gaîté Lyrique, suivez le cycle consacré à Myriam Gourfink. Et toujours, Musique Action près de Nancy au Centre André Malraux.