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COMPTE RENDU
Espèces d'espaces
Fabricateurs d’espaces à l'Institut d’art contemporain de Villeurbanne

date de publication : 02/12/2008 // 5553 signes

A l’Institut d’art contemporain de Villeurbanne, une exposition collective met à l’honneur le mystère dont se trame toute œuvre d’art : la création d’un espace nouveau. Expérimentation des profondeurs et questionnement des limites jusqu’au 4 janvier.

Bien plus qu’une mise en lumière des rapports entre art et architecture, l’exposition Fabricateurs d’espaces à l’Institut d’art contemporain de Villeurbanne repose sur la prospection d’un espace sensible, volatile et éphémère, un territoire en quête de lui-même.
A travers les œuvres présentées, l’architecture entièrement dématérialisée offre une enveloppe sans consistance aux contours incertains sur laquelle aucune emprise ne semble possible. Toutes les tentatives par les artistes de circonscrire cet espace impalpable demeurent vaines. Même si les armatures de faux-plafond (National Chain, 1997) de Rita Mc Bride placés à mi-hauteur tentent de quadriller le périmètre, elles embrassent un vaste champ visuel impossible à saisir dans sa globalité. De même, l’artiste Vincent Lamouroux donne forme au vide dans sa pièce AR#07 (2008) exposée en deux parties. Les contours géométriques de la première salle renvoient quelques mètres plus loin à des formes pleines modélisées par ordinateur. De la rigueur minimaliste du dessin dans l’espace naît une composition complexe, une imbrication de cubes qui semble émerger d’un fantasme formel. Vincent Lamouroux évoque d’ailleurs malicieusement pour le second volet de son installation l’œuvre de Robert Smithson Towards the Development of a Cinema Cavern (1971), ou l’intrusion du cinéma dans l’antre d’une caverne. Il n’est plus désormais question d’envisager l’art en dehors du White Cube comme c’était le cas pour les artistes du Land Art mais de réinvestir aujourd’hui un espace muséal gangrené par un art « à l’état gazeux » tel que le définit Yves Michaud. Les volutes de fumée de Guillaume Leblon qui s’échappent des interstices du mur, désignent en effet les champs possibles d’une sculpture qui transcenderait les notions de forme et d’espace. A force de délitement, d’étiolement, l’espace ne serait donc plus qu’une simple rémanence qu’il s’agirait de convoquer par tous les moyens.
Dès lors, les artistes contemporains n’ont d’autres alternatives que de sentir, explorer, voire gangrener un environnement entièrement dématérialisé. Dans l’angle d’une salle de l’Institut d’art contemporain, trois cannes de secouristes (Les sondes, 2006) disposées par l’artiste Evariste Richer invitent à une exploration mentale des lieux. Ces objets ready-made à l’esthétique minimaliste triturent un territoire inconnu sur lequel se projette l’imaginaire. Là encore, comme dans l’œuvre de Vincent Lamouroux, l’espace physiquement absent se transforme en une projection mentale dont le spectateur fait à nouveau l’expérience dans une autre installation imaginée par Evariste Richter. L’artiste a tapissé les murs d’un papier peint au motif pointilliste qui reprend les petits trous laissant échapper le son des écrans de cinéma. Les effets optiques générés par ce réseau de points habituellement imperceptibles à l’œil induisent une perte d’ancrage spatial. Par ce dispositif visuel qui rend floue la perception, Evariste Richter cherche à provoquer chez le spectateur une expérience phénomologique de l’espace.
Le travail des artistes sélectionnés développe une architecture de sensations et de métamorphoses dans laquelle il importe d’entrer, de se déplacer pour ressentir tout autour de soi la présence invisible et vibrante d’un mur mobile au déplacement imperceptible. Dans chacun des dispositifs imaginés par l’artiste danois Jeppe Hein, la place cruciale du regardeur dans l’appréhension et la compréhension d’une œuvre est soulignée. Toutefois, l’artifice de Smoking Bench (2003) qui consiste à faire disparaître le spectateur dans un nuage de fumée en démonte le mécanisme.
Centrées sur des notions de perception des réalités spatiales de toutes sortes, les œuvres présentées en appellent à un espace situé hors champ. Le projecteur Xénon de Michael Sailstorfer Unendliche Säule (2006) diffuse un puissant faisceau de lumière de cinq kilomètres de long. A la fois puits de lumière et piédestal, l’œuvre soutient l’idée que la colonne sans fin pourrait n’être qu’un socle d’énergie que la terre propulse vers un territoire infini. Dans l’œuvre Top of the Syrian Reactor Before Concrete Poured (2008) inspirée d’une photographie de réacteur syrien peu avant qu’il ne soit coulé dans le béton, Michael Sailstorfer conçoit un espace vibratoire à l’aide de microphones englués dans du béton. Cette installation réceptive aux mouvements environnementaux agit avec le lieu d’exposition comme une vaste caisse de résonance.
Pour tous ces « sculpteurs d’espace » issus d’une même génération – à l’exception de Rita Mc Bride –, l’espace constitue un support, un cadre, générateur et activateur d’œuvres qui rejouent le concept de sculpture étendue.

> Fabricateurs d’espaces à l'Institut d’art contemporain de Villeurbanne, jusqu'au 4 janvier avec : Michael Sailstorfer, Rita McBride, Vincent Lamouroux, Jeppe Hein, Björn Dahlem, Evariste Richer, Hans Schabus, Guillaume Leblon.

A noter : le séminaire Coefficient d'art fera écho à l'exposition l'après midi du samedi 6 décembre, avec Arnauld Pierre, Michel Gauthier, Mathieu Poirirer et les artistes Evariste Richer et Vincent Lamouroux.

Alexandra Fau
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