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COMPTE RENDU
Le spectacle du spectacle
Yves-Noël Genod, au Théâtre national de Chaillot

date de publication : 09/06/2009 // 3944 signes

Avec Yves Noël-Genod, Yves-Noël Genod nous entraînait dans les sous-sols du Palais de Chaillot pour une plongée en abyme dans la fabrique du spectacle. Grisant...

Un échalas à coiffe en cotte de maille et bottes de fourrure noire passe parmi les spectateurs qui attendent l'ouverture des portes du Studio du Théâtre national de Chaillot, situé dans les contreforts du bâtiment. Chaleureusement, il s'enquiert de l'état d'âme des impatients qui contemplent par les fenêtres du foyer la tour Eiffel illuminée — « Comment allez-vous ? Belle soirée, n'est-ce pas ! » —, tout en affirmant ne pas faire partie du spectacle. Yves-Noël Genod fait mine de détendre l'atmosphère et rompt la frontière symbolique entre réel et spectacle, dès avant le moment fatidique où les lumières sont supposées s'éteindre et les spectateurs cesser leurs conversations — borne temporelle inaliénable qui implique la mise en veille du spectateur au profit de l'activation du « performeur », comédien ou danseur.

Les comédiens sont déjà là, dans la salle dénuée de tout décor, rendue à son statut de cave du Palais de Chaillot, espace littéralement underground. Ils discutent par petits groupes, perchés sur des gradins. Nous prenons place face à eux et le spectacle commence, à moins qu'il ne fasse que continuer. Les lumières ne s'éteignent pas, elles fluctuent, font bouger l'espace, donnent le vertige. Les spectateurs sont autant visibles que les comédiens, ils sont eux aussi regardés, invectivés. Scène et salle ne sont pas hiérarchisés. Il n'y aura ni début ni fin, seulement quelques bribes de spectacle entre lesquels flottent en suspension des moments de nuée sonore et visuelle.

« Comme si tout avait déjà été fait »

Entre grotesque et pure poésie, Yves-Noël Genod (le titre est le nom de l'auteur, peut-être en forme d'hommage au Jérôme Bel, de Jérôme Bel ?) est un spectacle sur le spectacle, avec la dose d'improvisation requise pour que tout cela ait l'air quand bien même réel. Une femme au masque monstrueux fait tanguer son corps large sur des talons vertigineux et écrase un spectateur de son désir. Un comédien mélancolique à gueule de faune joue Le Cid en culotte bouffante et évoque, tel un spectre de comédien hantant les sous-sols de Chaillot, sa collaboration avec Jean Vilar, avant de s'envoler en équilibriste le long des murs du Studio. Un jeune homme nu, tout droit sorti d'un tableau de David, s'adresse en arabe aux spectateurs, un autre entonne une chanson dans le style « Star Academy », tandis qu'une brindille américaine joue malicieusement de ses charmes avec le public. De l'extérieur des bruits de pas, de la musique, des cris nous parviennent, accentuant l'hyper-réalisme onirique du spectacle.

Au fil des habillages et déshabillages au cours desquels les comédiens enfilent la peau de leur personnage, des extraits fugaces du théâtre classique (Tchekov, Corneille, Shakespeare) mêlent moments épiques — le comédien en Cid brandit son épée dans une auréole de fumée lumineuse — et archétypes du quotidien, emblématisés par une femme urinant (motif transgressif mais classique, cher à la peinture depuis Rembrandt). A ce partage d'expériences, le spectateur n'est pas pourtant inclus : même si des confettis lui tombent sur la tête, il ne participe pas réellement à la fête, une distance ironique le maintenant à distance, sans prise possible avec la psyché des personnages.

Aujourd'hui, le spectacle est terminé, après dix-huit représentations à Chaillot. Sur le blog d'Yves-Noël Genod, la comédienne Kate Moran dit sa joie d'avoir participé à un spectacle vécu comme « une nuit avignonesse tous les jours ». « Je leur disais de commencer le spectacle comme si tout avait déjà été fait, tout avait eu lieu, que c'était fini », indique le metteur en scène. Le spectacle comme une fin en soi.



Yves-Noël Genod, mise en scène d'Yves-Noël Genod, par la compagnie Le Dispariteur, a été présenté au Théâtre national de Chaillot, du 14 mai au 6 juin 2009.

Prochain spectacle d’Yves-Noël Genod, les 25 et 27 juin, au Théâtre2Gennevilliers, dans le cadre du festival (tjcc).

Magali Lesauvage
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