ÉDITO / CHRONIQUE GODSPEED YOU BLACK EMPEROR ! // EXHAUST // HANGEDUP Yanqui U.X.O. // Enregistreur // Kicker in Tow (Constellation/Chronowax) EXHAUST / GODSPEED YOU BLACK EMPEROR / HANGEDUP
source : octopus // date de publication : 24/07/2003 // 2599 signes
Le souffle, le sens du récit, le génie de la narration et cette calme croyance qu'un monde meilleur est encore possible, une fois que celui-ci aura été – au sens le plus philosophique du terme – achevé.
Depuis leur premier disque de 1997, les membres de Godspeed You Black Emperor ! ont disqualifié d'un seul coup l'épuisante mythologie rock et sa foire aux vanités ordinaires. Leur refus, authentiquement radical, de pactiser avec l'idéologie du spectacle a depuis donné lieu à une musique qui reste pour beaucoup l'un des événements artistiques majeurs de la fin du XXe siècle. Une musique sans équivalent, tour à tour désolée comme une lande neigeuse et embrasée d'une fureur incendiaire, une musique où souffle la voix très ancienne des prophètes et des mystiques. Après Levez Vos Skinny Fists..., qui les avait révélés à un plus large public et leur avait assuré une ferveur méritée, on attendait Yanqui U.X.O avec d'autant plus d'impatience qu'on avait pu découvrir sur scène la puissance débridée des nouveaux titres. Rompant avec leur traditionnelle autarcie, les Godspeed ont fait appel à Steve Albini aux manettes et l'on pouvait craindre que cette ouverture vers l'« underground mainstream » (le paradoxe apparent ne surprendra que les faux naïfs) ne vienne banaliser l'incroyable originalité de leur esthétique. C'est, fort heureusement, tout le contraire qui se produit : l'intervention d'Albini se borne à rendre plus audible encore la puissance émotionnelle de leur art. Si les structures des morceaux semblent s'être simplifiées, le son des Godspeed a encore gagné en clarté et en définition. On est prêts à parier que ce disque a été enregistré sans overdubs, tant la pâte sonore semble dense et musicale. Le propos politique s'est lui aussi durci, et le dos de pochette présente un édifiant schéma des relations qui unissent toutes les majors du disque à l'industrie de l'armement. Et même s'il ne s'agit pas d'une révélation, il n'est jamais inutile de répéter que ces collusions-là existent. Revers de la médaille, l'immense beauté des disques de Godspeed fait un peu d'ombre aux autres groupes du label Constellation, où interviennent d'ailleurs à titre divers des membres de Godspeed. Ni le dub sépulcral de Hangedup (Kicker in Tow) ni la drum'n'bass irradiée d'Exhaust (Enregistreur) ne soutiennent la comparaison avec les merveilleuses architectures sonores de Godspeed ou A Silver Mount Zion. Si la recherche de couleurs et de textures rendent ces disques intéressants, il y manque toutefois ce qui confère son éminence à la musique des Godspeed : le souffle, le sens du récit, le génie de la narration et cette calme croyance qu'un monde meilleur est encore possible, une fois que celui-ci aura été – au sens le plus philosophique du terme – achevé. (G. T.)
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