Mouvement.net
accueil kiosque critiques vrac abonnes ressources liens
lire aussi
 
BRÈVE / NOTICE
Expérience intime du temps
Rare
Myriam GOURFINK / Kasper TOEPLITZ

source : Les éditions du mouvement // date de publication : 01/03/2002 // 3771 signes

Avec Rare la chorégraphe Myriam Gourfink et le compositeur Kasper T. Toeplitz signent une fresque chorégraphique et sonore de six heures qui se vit comme une expérience intime du temps et de la respiration des corps.

Corps/matière, corps/sonore. «Rare» est comme ces rencontres qui frayent un chemin jusque dans le silence et l'immobilité. Jusqu'à ce point où l'on s'attache au moindre mouvement comme à un murmure intime de l'autre vers soi. Myriam Gourfink et Kasper T. Toeplitz (se) jouent du temps. Depuis «Überengelheit» (1999), leur première création en co-écriture, ils se refusent à être ces auteurs enferrés dans une structure narrative, concrète, qui s'attacherait au déroulement classique d'un spectacle construit comme une histoire, incarné dans l'écriture immuable d'un récit plein, abouti. Myriam Gourfink et Kasper T. Toeplitz lui préfèrent le temps donc, comme mode d'expansion sans limite. «Jusqu'à très récemment, la première chose que je définissais avant de commencer un morceau, c'était la durée; on ne pense pas de la même manière un morceau qui dure treize minutes et un morceau qui dure une heure, et ceci même si on n'a aucune idée des notes qui viendront occuper cette durée. Toute l'histoire de la musique vient de la façon dont on va gérer ce temps de la création. Comment le temps peut-il être le facteur premier d'une composition? C'est une idée bien peu occidentale. Dans mon travail, la composition commence bien avant et finit bien après la durée de représentation du spectacle. Ce que le spectateur prend de l'oeuvre c'est sa partie visible.» explique Kasper T. Toeplitz.
«Rare» qui vient d'être créé au Centre chorégraphique de Belfort après deux mois en résidence, déploie sur six heures des corps en prise avec une lenteur irréelle, déroulée sur le fil d'une tension que seules quelques poses permettent de relâcher. La partition de Kasper Toeplitz sonde, par strates successives, la profondeur de l'espace et confère à ces corps une densité physique à laquelle il est difficile d'échapper. L'espace ici est plein, décentré, circonscrit en son dedans. Le spectateur est appelé à y circuler librement. Le public tourne autour, s'accapare le mouvement par le sien propre. L'incongruité de la marche, les bruits des pas ou des corps qui s'installent, agissent en friction avec ces corps, avec cet autre temps, cet autre espace, suspendus dans un rythme qui force à se déposséder des scories du «dehors». Peu à peu, l'intimité se glisse là où les corps sont toujours prêts à basculer, en danger. Quand le temps commence à décrocher de sa dimension spectaculaire attendue, une accélération s'opère. Le spectacle ne vise plus à un déroulement vers sa fin mais nous emporte réellement. La pièce se vit alors comme un fragment qui perdure après six heures, nous laissant traversés, transportés dans la plénitude de cette fresque chorégraphique et sonore magistralement tenue d'un bout à l'autre par cinq danseuses et cinq musiciens. A la plasticité mouvante des danseuses, les musiciens opposent une immobilité face à la machine, les ordinateurs portables. La tension physique et sonore n'en est que plus saisissante. Dans «Rare» la matière tient aussi de la composition. Rien n'y est aléatoire: chaque mouvement est déterminé en amont par le logiciel LOL, logiciel d'environnement à la composition chorégraphique que Myriam Gourfink a développé avec Frédéric Voisin. La musique écrite pour un ensemble d'instruments (grosses caisses symphoniques, tams, basses, voix, sons synthétiques et haut-parleurs) est «hybridée» par l'électronique et les ordinateurs. Kasper T. Toeplitz parle plus volontiers «d'une longue mutation sonore plutôt que d'un développement». Les mots de François Bon, lus par le musicien Julien Ottavi, prennent aussi corps avec cette masse sonore, faisant entendre d'eux une résonance informelle de sons plus que la clarté du sens. «Rare» est une pièce extrême qui se vit comme une expérience intime du temps et de la respiration des corps.

Alexandra BAUDELOT
 
agrandir la taille de la police réduire la taille de la police imprimer ce document
le club
login  
mot de passe
s\'inscrire
s\'inscrire
newsletter
en kiosque
en kiosque
Gagnez des invitations pour les festivals Plastique Danse Flore à Versailles, les Francophonies en Limousin à Limoges, ActOral à Marseille, Scopitone à Nantes, Nordik Impakt à Caen, les concerts de Melt Banana et Circle à Paris, Les Acteurs de bonne foi à Nanterre, et Latifa Laâbissi à Bruxelles. Et toujours, le festival La Bâtie à Genève.

  VOIR LES OFFRES EN DETAIL
Spirit Youth
THE DEPRECIATION GUILD
Le bien nommé Spirit Youth serait-il l’album de l’été 2010 ? Projet solo d’un membre de The Pains Of...
lire la chronique de ce CD

toutes les chroniques CD de la semaine
video cube


Programme en concert à Villette Sonique le 4 juin.
Agent réel. Réalisation : Florent Tarrieux.


culture publique
team network
infos abonnement newsletter contacts annonceur liens