COMPTE RENDU Chambre d'écoute et paysages sonores Le festival MIA à Annecy
source : Les éditions du mouvement // date de publication : 06/11/2003 // 3206 signes
La scène nationale de Bonlieu à Annecy lance un nouveau festival de « musiques inventives ». En ouverture : deux installations sonores de Robin Minard et Frédéric Blin, Pierre Jodlowski et Christophe Ruetsch. Et un texte d'Heiner Müller mis en scène et «composé» par Georges Aperghis.
Mardi 5 novembre 2003 a débuté à Annecy le festival des Musiques Inventives d'Annecy. Durant 5 jours, la scène nationale de Bonlieu-Annecy propose une programmation dense de théâtre, performances et concerts, où l'on reconnaîtra quelques créations attendues: Emmanuelle Huynh y crée son A vida enorme que l'on retrouvera à Tours et à Paris dans le cadre du festival d'Automne à la fin du mois; ou Célia Houdart qui y créera également M/W, sur des textes de Musil et Wittgenstein. Jean Lambert-wild, l'ensemble Sphota (jeune ensemble issu du Conservatoire de Paris) ou la compositrice Florence Baschet complètent le réjouissant programme. Dans le hall du théâtre, deux installations sonores sont présentées: Robin Minard dispose avec Silent Music, quelques 300 petits haut-parleurs, grippant comme du lierre aux vitres du théâtre, et diffusant faiblement des sons qui pourraient aussi bien provenir de l'extérieur, décuplant ainsi l'espace du hall. Fleurs-enceintes et sons autant naturels que composés, installant un horizon virtuel délicatement concret et paisible, brouillant doucement les limites du lieu et de l'écoute comme des flocons glissant dans un lac. A l'inverse, Frédéric Blin, Pierre Jodlowski et Christophe Ruetsch présentent Mendel: on imaginerait un monstre qui mettrait ses organes à disposition, et qui vivrait comme le son dans l'air. Mendel (du nom d'un des pères de la génétique) se compose de plusieurs terminaux numériques, capteurs ou ordinateurs, qui permettent chacun de le nourrir, de le déplacer ou de lui apprendre à parler... genre de petit conte prétexte à manipuler la matière sonore que l'ensemble génère et à confronter ensemble production du son et univers sonore. La soirée d'ouverture était consacrée au déconcertant Paysage sous surveillance de Heiner Müller, mis en scène et composé par Georges Aperghis. Déconcertant, parce qu'il faut ici lâcher prise avec la gravité habituelle qui nimbe les représentations des textes de Müller, et ouvrir les yeux comme on ouvre les oreilles, en recomposant mentalement un ensemble dans ce qui se donne comme disparate, comme on s'imaginerait une chambre en écoutant l'ensemble des sons qui la compose et que l'on perçoit simultanément. Aperghis fait surgir une telle chambre, l'espace-temps du texte, non pas en la décomposant en signes ou référents, comme au théâtre, au contraire en la composant, comme on compose une musique mais aussi comme on compose une écoute. Rien n'est appuyé, tout semble léger et même flottant de cet ensemble de sons (joués par l'ensemble Ictus), d'images vidéos et de gestes. Tout n'est ici que surface, tout file à la surface de cette chambre terrible, qui semble ne se languir que de notre imagination. L'inventivité, la franchise de ce théâtre qui échappe à la compréhension – il y a ici plus à entendre qu'à comprendre, plus à sentir venir qu'à être avec – même s'il échappe parfois, même s'il dégage un humour réjouissant qui s'éloigne et éloigne du texte, annonce un théâtre dégagé de métaphysique et de didactisme qu'il est heureux d'entrevoir.
MIA / musiques inventives d'Annecy Du 3 au 8 novembre 2003 Bonlieu Scène Nationale
Info : http://www.bonlieu-annecy.com tel 04 50 33 44 11
Gagnez des invitations pour les festivals Plastique Danse Flore à Versailles, les Francophonies en Limousin à Limoges, ActOral à Marseille, Scopitone à Nantes, Nordik Impakt à Caen, les concerts de Melt Banana et Circle à Paris, Les Acteurs de bonne foi à Nanterre, et Latifa Laâbissi à Bruxelles. Et toujours, le festival La Bâtie à Genève.