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COMPTE RENDU
Surface de frustration
Rachid Ouramdane à Gennevilliers
Rachid OURAMDANE

source : Les éditions du mouvement // date de publication : 23/10/2007 // 2671 signes

Loin du Brésil, qui lui avait fourni la matière première du superbe Cover (2005), Rachid Ouramdane s’est installé à Gennevilliers pour créer Surface de réparation avec le renfort de jeunes sportifs. Inégale, la pièce n’atteint pas pleinement son but.

A l’invitation de Pascal Rambert, nouvellement nommé à la tête du théâtre de Gennevilliers, Rachid Ouramdane a monté ce que l’on pourrait appeler un spectacle de proximité en prenant pour interprètes un certain nombre d’adolescents sportifs de la ville, choisis après un travail d’approche et de préparation long de plusieurs mois. « En allant à la rencontre de jeunes sportifs de la banlieue parisienne, je continue d’observer comment s’élaborent nos identités contemporaines. Au travers de ce projet, je m’intéresse particulièrement aux signes identificatoires que propose le sport et j’essaie de repérer de quelle manière ils dessinent nos identités locales et nationales. » En phase avec le credo de Rambert qui ambitionne de favoriser au maximum la circulation entre « son » théâtre et la cité, Surface de réparation s’inscrit également dans la continuité logique du parcours d’Ouramdane, chorégraphe aussi sensible à la question de l’identité qu’à la notion de « beauté du geste » – notion dont usent (avec plus ou moins de succès…) les sportifs de tous niveaux.
Culotté sur le papier, cet essai chorégraphique n’est hélas pas vraiment transformé sur le plateau, un plateau dont le sobre décor, composé d’un tapis de sol ovale et de deux hauts poteaux surmontés d’écrans, évoque une aire de jeu irréelle. Si, flottant dans une atmosphère onirique, le spectacle n’est pas, loin s’en faut, exempt de qualités – à commencer par le charme entêtant de la musique et la précision raffinée de la mise en lumière – et d’indéniables moments de grâce – ainsi, par exemple, de cet étrange duo/duel entre le boxeur et l’escrimeur –, il souffre d’un manque certain de densité, dû principalement à une construction par trop linéaire et à une utilisation un brin sommaire de la vidéo. De la nécessité de l’emploi de la vidéo dans les spectacles de danse contemporaine, il est, ces dernières années, souvent permis de douter… Dans le cas de Surface de réparation, gageons que les sceptiques camperont sur leurs positions tant paraissent préjudiciables les images proposées : prises entre deux versants, l’esthétisation et le documentaire, elles ne convainquent ni d’un côté ni de l’autre et tendent à banaliser un objet chorégraphique a priori très atypique.
A l’issue de la représentation domine un sentiment de frustration, incitant à penser que Rachid Ouramdane s’est arrêté à la surface de son sujet et n’a fait qu’en frôler – certes élégamment – le c½ur.

Jérôme Provençal
à visiter
Surface de réparation, chor. Rachid Ouramdane, jusqu’au 27 octobre au Théâtre de Gennevilliers, dans le cadre du Festival d’Automne à Paris
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