Chambre congédie l’espace de représentation traditionnel pour lui substituer une mise en situation des danseurs et des spectateurs dans le même espace clos et la même proximité physique immédiate d’une chambre d’hôtel. Chambre n’est pas un spectacle ni la représentation ou l’aboutissement d’une écriture chorégraphique mais la remise en jeu permanente et renouvelée d’une matière de danse, découverte au fil d’un processus continu d’improvisation, qui se décline en sessions successives, ouvertes ou non aux spectateurs, et qui marquent autant d’étapes du projet. Comme le dit Catherine Contour, Chambre n’est pas le résultat d’une expérience mais à chaque fois une nouvelle expérience proposée aux danseurs et aux spectateurs.
Rendez-vous est pris dans le hall d’accueil de l’hôtel. Indistinction entre qui est danseur et qui ne l’est pas. Montée individuelle ou collective dans une chambre ordinaire, prise telle quelle dans sa disposition intiale. Chacun s’installe où il peut. Sur le fauteuil, un coin de table, au bord du lit, sur les quelques chaises disponibles, par terre ou debout adossé contre un mur. Flottement, temps d’attente, suspens qui précède l’inscription d’une première proposition dans l’espace de la chambre. Puis la première prise de parole : un danseur se détache, s’identifie et inscrit dans le silence un temps d’improvisation… Une autre session de Chambre est en cours. Dans ce contexte singulier, l’espace clos, l’exiguïté de la chambre, le mobilier imposant et la présence des spectateurs concourent à gêner ou à empêcher la projection des corps dans l’espace. Ce qui est convoqué là est davantage un corps de l’implosion qu’un corps de la projection. Masse et densité des corps s’imposent. Lenteur des gestes, tension d’une immobilité vivante – un cou qui se renverse, une épaule qui glisse, un ventre qui se creuse, un dos qui ondule, un bras qui s’étire, deviennent la matière même du mouvement. Chambre rompt résolument avec le corps de la chorégraphie, le corps qui graphie et projette des traces. Et si c’est de danse dont il s’agit, peut-être s’agit-il tout autant de présence.
C’est aussi une rencontre unique et privi-légiée entre les danseurs et les spectateurs que Chambre fait advenir. Les uns et les autres partagent le même sol et le même espace d’expérience. Le danseur n’est plus face à cette masse noire indifférenciée mais perçoit des corps individualisés, croise et soutient des regards, et peut même pro-poser aux spectateurs un contact physique direct. Il ressent également l’état de cha-cune des personnes présentes. Si elles sont en résistance, en confiance ou en jeu. Ce qui se joue dans Chambre, entre violence et partage, c’est, dans la liberté des limites de chacun, éprouver ce qui peut avoir lieu dans l’instant.
Publié le 01-01-2000
Source : Mouvement
Carole BODIN