Mouvement.net
accueil kiosque critiques vrac abonnes ressources liens
lire aussi
 
BRÈVE / NOTICE
Büchner sous toutes ses coutures
«La Mort de Danton», «Léonce et Léna», «Lenz»
Thomas LANGHOFF / Georges LAVAUDANT

source : Les éditions du mouvement // 5837 signes

Ce week-end trois pièces de Georg Büchner pouvaient s'entendre sur les grandes scènes de Paris.

Ce week-end trois pièces de Georg Büchner pouvaient
s'entendre sur les grandes scènes de Paris:
«La Mort de Danton»
au Théâtre de l'Odéon, dans une mise en scène de
Georges Lavaudant et un spectacle de Matthias Langhoff à la Comédie
française, entremêlant «Léonce et Léna»,
une comédie grinçante et malaisante, avec la bouleversante nouvelle que
Büchner a consacrée au poète Lenz, en train de se perdre chez son hôte
alsacien, le pasteur Oberlin.

Difficile d'imaginer deux théâtres plus différents que
ceux de Lavaudant et Langhoff. Le premier, metteur en scène français,
s'empare de l'une des pièces politiques les plus importante de la dramaturgie
allemande, portant sur l'histoire de la révolution française. De la France à
L'Allemagne et de l'Allemagne à la France. Il n'est pas anodin d'entendre
cette pièce en cette période politique troublée.

«La Mort de Danton»
analyse au scalpel le douloureux accouchement d'une république: la profondeur
de la pièce tient dans cette bataille qui les mêle et les oppose. Ces voix de
la révolution sont tiraillées entre la force du peuple qui la rend possible
et l'appel du pouvoir qui éloigne sa mise en œuvre active. Interminable
histoire d'une trahison continue.

Danton apparaît comme un errant suicidaire, figure
terrienne du désir et de la liberté. Robespierre traduit l'idéal d'une
politique sans faille, corps uni derrière une idée pure, figure céleste de
l'ordre et de la vertu.

Ce cortège des figures du politique prend vite des
allures picturales, chacune tenant un rôle dans cette allégorie de la
révolution. Les prises de paroles, pour ou contre Danton, s'énoncent dans
l'espace d'un théâtre, lieu polémique par excellence. La mise à mort du héros
brisé prend un tour particulièrement théâtral. Danton et les siens arrivent
sur l'échafaud par le fond du théâtre, depuis la rue. Une image qui condense
la tragédie d'une révolution empêchée. Une image qui traduit l'état des
lieux: la bourgeoisie gagne tout l'espace et élimine tout corps étranger.
C'est d'ailleurs ce qui imprègne cette «Mort
de Danton».
On y sent la victoire d'un monde compromis, qui sait ce
qu'elle gagne, quitte à perdre beaucoup. La bourgeoisie au théâtre.

Chez Matthias Langhoff, l'espace politique n'est pas
allégorique. Il est même le contraire d'une allégorie. Son théâtre met en
place les différents éléments concrets d'un monde prêt à la guerre. Même s'il
semble faire appel à des textes loin du sérieux politique, ce spectacle écrit
un véritable manifeste pour la liberté. Le contraire du salon des bons
sentiments. Devant le théâtre, entre lui et nous, sur un écran qui couvre
tout le cadre de scène, le spectacle s'ouvre par des images de l'Alsace
enneigée. Nous sommes près de Waldbach, sur les pentes vosgiennes qui ont vu
passer Lenz en route vers sa propre déroute.

Sur le plan suivant, on voit le camp de concentration du
Struthof, non loin de là. Le lieu impossible d'une autre défaite, collective,
cette fois. Mais pas si loin? Par transparence, derrière le tulle, on
commence à voir des acteurs, ceux qui vont dire les mots de Lenz, les mots
pour sauver Lenz. Ceux qui vont jouer la comédie du pouvoir que Büchner
imagine dans «Léonce et Léna». Langhoff renonce d'ailleurs à cantonner ces
mots, ces récits dans des genres qui ne mènent nul part (comédie, nouvelle,
tragédie). Les mots de Lenz croisent ceux de Léonce, ceux de Léna.

On comprend bien que l'enjeu n'est pas dans le récit
d'une intrigue. Ce qui importe, c'est que Büchner parle d'une seule voix. Et
chaque figure singulière ne dit qu'une seule et même chose. C'est là
l'essentiel: sur la scène, une seule et même écriture se fait entendre. Une
voix pour dire la destinée des hommes libres, de ceux qui apprennent à dire
non. L'héritier d'un royaume fantoche refuse le destin morbide qui lui est
fait. Il décide de fuir le palais pour éviter un hymen qui lui est violemment
imposé. Parti sur les routes, qui pourraient être celles de Lenz, Léonce
rencontre la belle Léna (sa promise), sans savoir que c'est elle (qui prend
la route du palais pour son mariage). Langhoff passe de la montagne au métro.
C'est là que se retrouvent ceux qui dérivent , sans contrôle -lieu de
tous les égarements.

 Et Lenz continue
son voyage en terres inconnues, aux limites de l'humanité.

Il en est un qui n'est pas complètement désorienté,
Valério, valet du prince Léonce. Il ramène son maître et sa douce, Léonce et
Léna masqués dans les habits de deux automates, pour un «mariage en effigie».
Le monde du théâtre gagne et précède la réalité. Celle-ci revient sur le
grand écran de tulle.

 Maintenant,
c'est l'Afrique qu'on voit. Plans larges sur des terres désolées. Avec des tombes
de fortune. Lenz aurait pu venir mourir là. Après le mariage-coup de théâtre
d'une comédie de carton-pâte, un oratorio s'élève, chant d'amour pour ceux
qui n'ont pas de voix, et qui meurent nulle part, dans un des déserts du
monde.

Avec la mémoire de cette voix, avec la voix de Lenz,
partagée par une «troupe», une véritable troupe d'hommes et de femmes qui
porte l'immense voix d'un voyant.

Il n'est pas anodin de remarquer que la parole de
Langhoff s'exprime dans cette maison de mémoire qu'est la Comédie française.
Et il faut dire qu'aucun des théâtres dits de création n'est plus capable de
donner corps et vie à ce type de travail. Les lieux de l'art ne sont plus du
tout à l'écoute des poètes d'aujourd'hui?

 

 



Bruno TACKELS
 
agrandir la taille de la police réduire la taille de la police imprimer ce document
le club
login  
mot de passe
s\'inscrire
s\'inscrire
newsletter
en kiosque
en kiosque
Gagnez des invitations pour les festivals Plastique Danse Flore à Versailles, les Francophonies en Limousin à Limoges, ActOral à Marseille, Scopitone à Nantes, Nordik Impakt à Caen, les concerts de Melt Banana et Circle à Paris, Les Acteurs de bonne foi à Nanterre, et Latifa Laâbissi à Bruxelles. Et toujours, le festival La Bâtie à Genève.

  VOIR LES OFFRES EN DETAIL
Spirit Youth
THE DEPRECIATION GUILD
Le bien nommé Spirit Youth serait-il l’album de l’été 2010 ? Projet solo d’un membre de The Pains Of...
lire la chronique de ce CD

toutes les chroniques CD de la semaine
video cube


Programme en concert à Villette Sonique le 4 juin.
Agent réel. Réalisation : Florent Tarrieux.


culture publique
team network
infos abonnement newsletter contacts annonceur liens