ENTRETIEN Univers sonore Rencontre avec Dominique Petitgand
source : Les éditions du mouvement // 4057 signes
Le chroniqueur sonore Dominique Petitgand donne sa première exposition personnelle à la galerie &: GB Agency, Paris, jusqu'au 20 janvier.
Les univers sonores de Dominique Petitgand reposent sur des conversations en éclats. La grande simplicité des matériaux qu'il utilise n'enlève rien à la délicatesse d'un travail singulier qui relève à la fois de la composition et de l'écriture. Un savant jeu de montage et de décalage entre le drôle, le grave et le tendre. L'anodin et le quotidien se révèlent mystérieux, ils précipitent l'auditeur vers une écoute pleine d'attention et de résonances. Cet artiste se prête difficilement aux catégorisations, il choisit en outre d'atteindre son public au travers de formes qui rapportent des champs artistiques trop facilement cloisonnés: installations, concerts, «diffusions sonores», édition de CD.
Entretien Votre travail s'articule autour du matériau qu'est la voix. Vous y associez des éléments musicaux extrêmement simples pour aborder les thèmes de l'intime, de la mémoire, de l'enfance. . .
Dominique Petitgand: Les enfants interviennent dans mon travail comme les adultes ou les gens plus vieux. Il s'agit des relations entre les générations, comme une métaphore du temps qui passe et se déroule et qui fait que notre corps vieillit. C'est la mise en perspective des différents âges qui m'intéresse plus qu'un travail sur l'enfance ou l'âge adulte.
Les enfants que vous enregistrez sont indifféremment des filles ou des garçons, alors que tous les représentants de l'âge adulte sont des femmes.
Ce n'est pas un choix arbitraire et définitif puisque je travaille actuellement sur des pièces avec des hommes. C'est plus le produit des circonstances, les gens avec qui je travaille ne sont pas des professionnels de la parole, ce sont plutôt des gens que je connais; sans savoir pourquoi il m'a été plus facile d'aller vers eux. Je n'ai pas choisi de travailler sur la féminité ou sur l'enfance, même si je me rends compte que la parole se transmet plutôt par ces femmes-là. Le peu de parole m'intéresse plus que la volubilité des gens qui ont toujours beaucoup de choses et d'anecdotes à raconter. Je préfère m'attacher à creuser ce peu.
Il y a des voix qu'on peut reconnaître de pièce en pièce et de disque en disque.
Chaque pièce sonore aborde par un angle et un cadrage très particuliers, une chose précise, en somme. Elles consistent à tourner autour de quelque chose et chacune des pièces tourne autour de quelque chose de différent. Le fait de travailler avec les mêmes personnes sur des pièces différentes permet d'ouvrir des perspectives plus larges, cela permet aussi de faire un lien entre les différentes pièces afin qu'elles s'imbriquent les unes auprès des autres sans toutefois concorder exactement comme les pièces d'un puzzle.
Comment passez-vous de la matière que vous enregistrez à des pièces sonores?
La prise de son et l'entretien sont vraiment déterminants. Il y a ensuite un travail de recadrage, de montage, de mise en perspective et la création d'un contexte particulier. Il s'agit d'amener l'auditeur à se mouvoir dans un univers plus mental que documentaire. La source se retrouve donc mise en perspective avec de nouveaux éléments. L'identité des personnes s'efface d'une certaine manière: elles sont quasiment sans identité sociale ou géographique, elles sont atemporelles et n'ont pas de nom. Elles deviennent des personnages: la mère, le frère, la petite soeur, la voisine, le quidam. Au cours du montage et au fur et à mesure de mes choix se dessine un profil détaché de celui à qui la voix appartient. Je choisis les gens avec qui je travaille de manière intuitive ou circonstanciée. Je ne saurais pas te donner de critère précis. En général, ils ne sont pas habitués à parler en public, ce ne sont ni des comédiens, ni des vendeurs, ni des professeurs. . . ils ont donc une parole qui leur est propre, avec des structures mentales particulières, un décalage qui me touche et me donne envie de faire quelque chose sans que ce soit clair et intentionnel depuis le départ. Les personnages créés participent à l'échafaudage d'une narration, d'un univers particulier. Ils s'expriment toujours seuls, livrés à eux-mêmes dans un espace
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