«L'utilisation de projections vidéographiques lors de deux
de mes précédentes pièces «Les Absents ont toujours tort» et «Des gens de
passage», m'ouvrait un vaste champs d'expérimentation. La vidéo dans ces
travaux s'attachait à témoigner de l'histoire des corps des danseurs présents
et aussi à architecturaliser le lieu scénique. L'envie aujourd'hui de réaliser
un nouveau projet chorégraphique, qui continue d'utiliser la vidéo, se pose en
des termes différents.
En effet, ces expériences passées me permettent de penser
la vidéo non plus seulement au travers de la représentation du corps qu'elle
permet, mais aussi comme outil pour travailler le corps lui-même. Le
développement du stockage d'images par mémoire informatique entrouvre des
possibilités de stimulation de la mémoire corporelle utilisée dans
l'improvisation dansée. C'est pourquoi j'envisage l'élaboration de dispositifs
vidéographiques confrontant les divers mécanismes d'enregistrement et de
restitution de ces différentes mémoires. Une première phase de travail
consistera donc en des séances d'improvisation pour une approche emphatique
d'images vidéographiques réalisées en direct, préenregistrées et diffusées par
l'intermédiaire de différents logiciels de traitement d'images sur des supports
variés. Un second temps de travail s'attachera à décontextualiser en retirant
de leur support de projection habituel des formes telles le documentaire, le
débat politique, le sitcom, le slogan publicitaire. . . Il s'agira de les
éloigner des irréalités auxquelles elles se réfèrent pour n'en retenir que la
forme, les registres de perception qu'elles suscitent et de les confronter aux
regards que l'on pose sur des corps en scène. Et finalement, au travers de
cette friction entre corps en présence et samples vidéographiques, sonder les
mutations de la perception de notre intime et des paysages qui nous entourent.
Au bord des métaphores est un projet «amibe» qui se développe au fur à mesure
des rencontres et des lieux d'accueil. À la fin de chacune de ces sessions de
recherche, une étape de travail est donnée à voir qui, s'achevant à un endroit,
deviendra le point de réflexion d'une étape suivante. Chaque étape de «Au bord
des métaphores» fait suite à plusieurs semaines de travail qui réunissent tout
ou partie des membres qui constituent son équipe.»
Rachid OURAMDANE