source : Les éditions du mouvement // date de publication : 23/06/2002 // 2284 signes
Édouard Levé n'est pas photographe. Il utilise la photographie pour débusquer les archétypes visuels...
Édouard Levé n'est pas photographe. Il utilise la photographie pour débusquer les archétypes visuels. Il joue de leur fonctionnement, prend les images au mot de leur grammaire et revient sur les attendus du regard. À proprement parler, il n'y a pas de motif à ses images. Le motif s'échappe. Il n'y a plus que du code : la photographie représente les modes de construction de l'image. Représenter l'archétype, représenter ce qui sous-tend la lecture d'une image, tel est le motif des dernières séries d'Édouard Levé. Dans Les rêves reconstitués, il met en scène ses rêves, avec personnages et décors, puis photographie l'ensemble. Le fond blanc, la lumière crue, composent un univers qui oscille entre illusion et réalité. Le spectateur est mis devant le fait accompli de sa croyance en l'image. Dans les photographies d'Angoisse, petit village de la Creuse, ce sont les stéréotypes de l'univers quotidien qui sont pris dans l'image. Clichés de lieux, de choses ou d'architecture bien réels qui constituent comme un catalogue du quelconque. Seul le nom du village donne avec humour le ton aux images. Cette collusion entre un nom et un référent constitue le thème de la série des Homonymes, où Georges Bataille, Yves Klein... acquièrent le visage d'illustres inconnus. Pour sa dernière série, Actualité, la représentation picturale d'événements politiques, devient à son tour motif. Pour Édouard Levé, " L'actualité témoigne d'événements qui se caractérisent par une date, un lieu et des personnages identifiés. Dans la presse, les photographies qui en témoignent se répètent tant que, sans légende, on les confondrait. Partant de ce constat, j'ai conçu des photographies "génériques", qui illustrent des archétypes d'événements. Les signes de reconnaissance sont supprimés : ni date, ni lieu, modèles anonymes. Le titre est abstrait : la conférence, la visite officielle, l'inauguration, etc. Restent les vêtements, quelques accessoires et une chorégraphie : poses et gestes fonctionnent comme indices des jeux de représentation du pouvoir ". Ces images pourraient être publiées n'importe où ailleurs, elles pourraient illustrer n'importe quel événement politique. Le référent singulier écarté, l'image apparaît comme pur objet de manipulation du regard, elle devient moyen sans fin.
Gagnez des invitations pour les festivals Plastique Danse Flore à Versailles, les Francophonies en Limousin à Limoges, ActOral à Marseille, Scopitone à Nantes, Nordik Impakt à Caen, les concerts de Melt Banana et Circle à Paris, Les Acteurs de bonne foi à Nanterre, et Latifa Laâbissi à Bruxelles. Et toujours, le festival La Bâtie à Genève.